1994 6-25 n°17

Je suis tombée tout-à-fait par hasard sur une photo (encore que je me demande si on tombe vraiment tout-à-fait par hasard sur quoi que ce soit) et j’ai eu une très bizarre sensation : je ne me reconnaissais pas.

Je savais que c’était moi, bien sûr. Je savais qu’un jour, j’ai été cette femme-là.

Mais je ne me reconnaissais pas.

Je me rappelle toutes les choses qui lui tournaient dans la tête. La multitude de questions qu’elle se posait tout le temps, matin midi et soir, comme un médicament.

Je me rappelle sa propension à suivre des chemins douloureux, des voies compliquées. Comme si la souffrance était la seule route possible. Pourquoi ?

Elle se battait contre des moulins à vent, elle finissait exsangue, agenouillée devant des portes fermées. Elle se fracassait le crâne contre des murs. Son cœur béait à tous les vents.

Pourquoi ?

En regardant cette photo, m’est venu le désir de m’approcher d’elle. Tout doucement. Je la connais, elle est craintive, un geste brusque et elle s’émiette. Et aussitôt se superpose la vision du nombre de claques qu’elle s’est prises dans la tronche. C’est une image, hein ! Encore que.

Pourquoi a-t-elle accepté ça ? Comment a-t-elle supporté ça ?

Je crois...

Essaie de te rappeler..

Je crois..

Qu’elle n’avait pas d’autre choix.

Parfois, on n’a pas d’autre choix que celui de ne pas faire de choix. Quoiqu’en disent les autres. Les taka, takapa, ifoke.

On ne sait jamais rien des choses, on ne sait jamais rien de rien. Qui peut prétendre juger quoi ou qui que ce soit?

  

Pardonne-lui, Ambre.

Pardonne à cette femme ses folies de jeunesse et ses n’importe quoi. Pardonne à cette femme d’avoir raté ta vie.

Bien sûr qu’aujourd’hui tu ne réagirais pas comme ça. Aujourd’hui, tu as appris à respirer. Tu as appris à attendre. Tu as même appris à accepter ce que tu ne peux pas changer.

N’est-ce pas grâce à elle que tu en es là ?