Facebook c’est magique. J’avoue que pourtant, c’est pas un truc qui me branchait et que j’ai mis longtemps avant de m’y inscrire. Je n’en voyais tout simplement pas l’intérêt. Puis à force de recevoir des "invitations", on se laisse prendre au jeu. On est intrigués. On repense à nos amis d’avant. On se demande ce qu’ils sont devenus ..

C’est comme ça qu’un jour, j’ai tapé son nom dans la recherche d’amis. Misère.. Il a un demi-million d’homonymes ! Lequel est-ce ? Si toutefois il y est !

Finalement, je choisis un inscrit qui n’a rien mis à l’emplacement de sa photo. C’est souvent ce que font les gens qui aiment photographier les autres : eux-mêmes ne se dévoilent pas. Or, lui, c’était un amoureux fou de la photo. Je me rappelle la manière particulière qu’il avait de me saisir à travers son objectif sans même que je m’en aperçoive, comme un baiser volé.

Un beau jour (mon anniversaire approchait), il m’avait sollicitée pour une séance de photos afin, disait-il, de m‘en offrir une. À l’époque j‘étais mariée, et l‘idée de m‘offrir ainsi au regard d‘un autre homme, fut-ce un ami photographe, me troublait infiniment. Mais il était si .. comment dire. Tenace. Convaincant. Il faut dire que comme moi, c‘est un Cancer, et Dieu sait que ces petites bêtes, quand elles ont une idée en tête ..

Mais bref. Il était venu chez moi, et nous étions allés au jardin, qui en cette estivale saison avait des couleurs absolument sublimes.

Il sort son appareil de la housse et je me vois rougir. Je ne sais quelle attitude prendre, je me sens godiche. Mais il me tourne autour, au sens propre du terme. Il ne sourit pas, il ne parle pas. Il prend des photos, me donne des ordres brefs, ta main sur la taille, relève le menton, penche-toi, tourne, ne t’occupe pas de moi, avance, marche un peu, regarde-moi. Regarde-moi !

Et plus l’appareil crépite, plus j’ai envie de m’abandonner. Petit à petit, je me sens de plus en plus légère, j’ondule à sa rencontre, sensible aux messages de ses yeux sur moi. Chacun de mes muscles se contracte d’une manière infime chaque fois qu’il appuie sur le déclencheur, mon corps vire et volte dans ma robe courte, je vais et je viens, je m’arrête et repars.. Je réponds à ses appels, les encourage, les sollicite, les réclame. Et lorsque brusquement je réalise que je le cherche, que je le nargue, je m’arrête brusquement, rouge de plaisir et de honte à la fois ..

Il développait ses photos lui-même. D‘ailleurs, c‘est lui qui m’a appris à le faire. Je me rappelle la fois où, enfermée avec lui dans son tout petit labo..

Mais ceci est une autre histoire.

Or donc, pour en revenir à Facebook, je contacte un de ses homonymes par le génial message suivant : "C’est toi ?"

Bon, avec un contact pareil, il y a toutes les chances que je reçoive une toute aussi géniale réponse, du style : "Ben oui c’est moi ! Et toi, c’est toi?? " et que je ne sois pas plus avancée..

Il faut croire que c’est mon jour de chance car une heure trente quatre plus tard, je reçois une réponse : il m’écrit en m’appelant par mon prénom et même, pour tout dire, en m’appelant par le seul surnom que je tolère, ce que seuls mes proches savent. Bingo !

Assez stupidement je dois bien le reconnaître, je sens mon cœur battre la chamade. Mes doigts courent sur le clavier. Comment vas-tu ? Que deviens-tu après toutes ces années ?

S’ensuit à partir de ce moment une série de messages que nous échangeons jusqu’au soir. Pour qu’enfin finalement : "Tu m’appelles ?"

Oui, oui, oui ! Bien sûr que je t’appelle, j’en meurs d’envie depuis le début de cette reprise de contact, curiosité et excitation mêlées !

Et d’un seul coup, sa voix. Sa voix si sonore qu’elle semble élargir tout l’espace. Sa voix qui possède des nuances, une tessiture, une sonorité identiques à celles dont il me semble me souvenir, bien qu’en réalité, et malgré quelques photos que j’ai toujours de lui, j’ai du mal à l’imaginer .. Bien sûr, je me rappelle son allure, sa silhouette un peu pataude qui d’ailleurs ne me déplaisait guère, ses yeux miel et tellement brûlants lorsqu‘il les posait sur moi.. Je tombe instantanément amoureuse de sa voix, ou plutôt de l’image que je reconstruis de lui à travers sa voix, cette voix qui se faufile telle une note musicale envahissant mon cerveau comme une matière solide, me propulsant dans un seul désir, celui de prolonger l’instant, l’instant de me sentir vivante, palpitante dans cette dilatation délicieuse du temps - un temps qui glisse sur ma peau, le temps irréel de la musique de ses mots qui reconstruisent la réalité.

Assez rapidement, il me propose que nous nous revoyons. Une boule de chaleur tranquille et silencieuse se glisse au creux de mon ventre ....