En écho aux coquelicots de Coum'

coquelicot 18 mai 2017

photo Pastelle

J’ai eu mes premières mensualisations, comme dit ma fille, l’année de mes onze ans. Aussitôt, j’ai décidé d’être enceinte. J’allais ainsi passer de complètement inaperçue à inévitablement visible, tout le monde m’aimerait et ce serait grave cool, surtout que j’avais prévu d’avoir cinq enfants (dont des jumeaux en troisième position).

Bon, le truc, c’est que je ne savais pas trop comment il fallait procéder. Je savais juste qu’il fallait être deux et que le partenaire devait être un garçon, sinon ça marchait moins bien.

Je commençai ma prospection en un lieu riche de ces spécimens, à savoir chez ma marraine qui, pour se faire trois sous à une époque où le quotidien était déjà très difficile, gardait des enfants chez elle. Ma marraine avait une grande maison (enfin, plus exactement, une petite maison entièrement construite par mon oncle, son époux, et qu’elle lui faisait agrandir année après année), entourée d’un grand jardin, ce qui permettait d’accueillir une horde de garçons (ben oui, elle gardait plus de garçons que de filles, je ne sais pas pourquoi). Le seul truc que j’avais à faire, c’était d’en choper un, de l’immobiliser, de le convaincre de me faire un bébé puis de le relâcher.

Plus facile à dire qu’à faire, car je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les garçons, surtout à cet âge, courent dans tous les sens, et en plus ils tombent, principalement dans les virages. Et moi je ne tenais pas à en choper un amoché ou essoufflé. Il me le fallait en bon état, de cela dépendait toute la réussite de l'opération.

Justement, il y en avait un qui répondait bien au profil. Il me semble qu’il s’appelait Philippe et, contrairement aux autres rassemblés en meute hurlante, il restait tout le temps dans son coin. Pour tout dire, Philippe était un peu le souffre-douleur des autres, trop timide, trop tranquille, préférant les strato-cumulus à la bagarre et les couronnes de fleurs de trèfle à la défenestration de ses petits camarades.

Une âme sœur! ♥ ♥

C’était le destin! Je ne voyais pas d’autre explication, sinon pourquoi Philippe se trouverait-il en face de moi, comme offert, au moment même où j’avais besoin qu’il me rende service ?

Bon, le tout, c’était de l’inciter à me le rendre, le service.

Justement, la maman d’un des pensionnaires venue rendre visite à son fils avait distribué des sucettes à tout le monde. Enfin, à tous, sauf à Philippe qui comme d’habitude était resté dans son coin.

La mienne de sucette,  je n’y avais pas touchée. Ça aussi, c’était forcément un signe : elle allait me servir d’appât.

Je m’approchai donc de Philippe en lui tendant avec un sourire enjôleur ma sucette enveloppée dans un beau papier rouge, jetant ainsi aux quatre vents tous les conseils pour séduire un homme dont on me rabattrait les oreilles par la suite : ne pas montrer qu’on a des vues sur lui, prétendre que notre agenda est rempli, le faire languir, etc.. et le plus important de tous : ne jamais faire le premier pas ! Je commençais donc très fort, et malheureusement ça n’allait pas s’arranger par la suite. Enfin passons.

L’air de rien, je baissai les yeux, permettant ainsi à Philippe pour me remercier de déposer sur ma joue un baiser d’une douceur renversante. Soudain, il s'était mis à faire une chaleur tropicale, mes seins étaient passés de 75 petit a à 95 grand C, et juste au moment où je réalisai qu'atteindre mon but risquait de me faire découvrir des félicités que je n'imaginais même pas, la meute d’enfants, dirigée par Gilles, le plus vieux des garçons et en quelque sorte le chef, sortit du petit bois où nous allions souvent jouer.

Philippe, rouge comme une tomate, s’enfuit aussi sec, me laissant furieuse contre Gilles qu'il ait flanqué tous mes espoirs par terre…

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