Spéciale dédicace à Délia...

À défaut de te montrer une photo de la tablerire

 

 

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C’était un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Ma tante (qui est aussi ma marraine), alors toute jeunette, était d’une beauté à couper le souffle: blondeur de rêve et taille de guêpe. Seulement voilà : elle était si chaste et si pure (tout sa nièce), que lorsque celui qui deviendrait son roc et le seul amour de sa vie s’approcha d’elle dans le but évident de lui démontrer ses bonnes intentions, elle se retrouva enceinte sans comprendre comment la chose lui était advenue. Pour commencer, elle se demanda par où le fruit de ses amours allait sortir, et quand elle le sut, elle jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

La crise du logement sévissait déjà et elle se vit contrainte de vivre chez ses beaux-parents avec son bébé (comme ma mère d’ailleurs dut le faire elle aussi). Seulement voilà : la belle-mère ne voyait pas d’un œil chaleureux le fait d’être supplantée dans le cœur de son fils par cette blondinette, avec qui elle n’était vraiment pas tendre.

Un jour, n’y tenant plus, ma Marraine dit à sa moitié :

- Non vraiment, je n’en peux plus, allons vivre sur notre petit terrain !

- Mais je viens seulement de finir de creuser les fondations de la maison ! Où veux-tu que nous dormions ?

- Aménage-moi une petite cabane dans un coin, tout plutôt que rester là ! Môôôôôrice s’il te plèèèè.... Ce sera la cabane du bonheur !

Et c’est comme ça que ma Marraine débarqua sur le terrain où elle et sa famille allaient habiter avec, dans une brouette, le premier de mes cousins et les quelques affaires qu’elle possédait alors.

Les mois passaient, mon oncle en rentrant du boulot continuait la construction de leur maison.

Un jour, la maison fut enfin digne de ce nom. Ma Marraine n’attendit pas une seconde supplémentaire.

"Ce soir même", se dit-elle, "nous dormirons chez nous ! je vais faire la surprise à Maurice pour quand il va rentrer".

Elle souleva leur matelas et entreprit de le traîner tant bien que mal de la cabane jusqu’à la maison. Seulement voilà, arrivée à la porte, cet imbécile de matelas reste coincé dans l'embrasure. Han ! han ! Marraine pousse de toutes ses forces. Enfin, le matelas finit par bouger .. en se refermant sur elle !

- Au secours! Au secours!" se met-elle à crier avec un début d’accablement (léger, mais néanmoins notable).

Rien. Aucun écho.

"Adieu monde cruel !", se dit Marraine en relevant le nez pour avoir un peu d’air.

Par chance, le facteur passait par là.

Alors, le facteur de Marraine, que je vous explique: pour commencer, il avait vu débouler sur un terrain orné en tout et pour tout d'une large fosse en son milieu, une petite bonne femme poussant dans une brouette un garçonnet et trois casseroles.

Ensuite, quand il avait pu s’approcher de cette curieuse personne, ç’avait été pour lui faire signer le reçu du versement des allocations familiales, chose qu’elle avait faite le plus gentiment du monde avec les mains mouillées et des lunettes de motard sur le nez, qu’elle portait pour éviter le retour de fumée du poêle dans ses yeux lorsqu’elle lavait son linge ..

Mais comment s’étonner qu’une personne qui emménage à l'aide d'une brouette sur un terrain vide porte des lunettes de motard pour faire sa lessive ?

C’est donc sans perplexité particulière que ledit facteur s’enquit de l’endroit où Marraine se trouvait.

- Ben vous êtes où ?

- Dans le matelas, où voulez-vous que je sois !

Dans le matelas. Mais c’est bien sûr!

- Dépêchez-vous bon sang!", dit Marraine qui commence à s’énerver, "j’étouffe !"

Et c'est comme ça que l'inauguration du matelas dans la chambre de ma Marraine fut faite par son facteur..

 

Maurice portrait dessine en sept 2005

 

© dessin moi