Ça me surprend toujours de croiser l’expression la vraie vie, par opposition à ce qui se passe ici, comme si la virtualité était quelque chose d’irréel, d’inconsistant, quelque chose qui n’existe pas et dont presque, presque, il faudrait avoir honte.

Il est vrai que dans les relations dites réelles, on est face à un interlocuteur en chair et en os, un être présent, visible. On peut même le toucher, mais à quelques exceptions près, cette personne en chair et en os, on ne la touche pas. Ni au propre, ni au figuré. Parce que dans la vraie vie, on dit rarement les folies, les doutes et les peines. Dans la vraie vie, on flotte au gré des courants. Et paradoxalement, si on ne se noie pas, c’est parce nous nous sommes tenus les uns aux autres. Vous, moi. Nous qui "n’existons pas". On traverse les choses ensemble, et on se sent moins seul.

Seul, seule. Vous voyez ce que je veux dire.

Cette sensation de solitude, je l’ai découverte toute petite. Je m’endormais tous les soirs en pleurant, et il y avait ce paradoxe étonnant de la présence de ma petite sœur dans le lit juste à côté du mien, puisque nous partagions la même chambre, de mes parents et de mon frère tout près (nous habitions un très petit logement et mes parents laissaient toujours les portes ouvertes), il y avait donc cette présence des miens, que j’aimais envers et contre tout, et ce sentiment diffus de solitude lancinante, qui me réveillait dans des cauchemars tels que mon père me prenait pour me recoucher dans le lit entre eux deux.

Cette solitude, j’ai cherché à la combler avec quelque chose de palpable. Je me suis mise à réclamer sans arrêt des câlins à ma mère, qui ne savait pas les donner, peut-être parce que personne ne le lui avait montré, ou peut-être pour une autre raison, ça n’a plus d’importance maintenant. Je la prenais dans mes bras, tout le temps, sans me lasser, dans l’espoir insensé qu’elle allait me serrer contre elle. Maman appelait ça "faire la meule" (réclamer incessamment quelque chose).

Plus tard, ce trou béant, j’ai voulu le combler avec de "l’amour". Faire l’amour. Voilà quelque chose de palpable. J’étais remplie, au sens littéral du terme. J’étais remplie, mais dès que ça s’arrêtait je me sentais encore plus seule. J'étais amoureuse, pleine de désirs. Mais j'étais aussi pleine de vide. Un vide intersidéral.

Je me rappelle un jour, mon amant venait de partir. Je me suis adossée contre le mur, comme en état de choc. J’étais littéralement vidée de quelque chose, mais je ne savais pas de quoi. J’ai glissé le long du mur sans m’en rendre compte, je me suis retrouvée assise par terre, avec ce truc qui béait sur le monde. Il fallait que je referme tout jusqu’à ce qu’il revienne, mes yeux, mon cœur, mon corps, tout. Je n’y survivrais pas.

Bien entendu j’y ai survécu, mais uniquement à ce prix: me remplir, me remplir "d’amour", inlassablement. Enfin, ce que j’appelais l’amour, ce qu’on appelle l’amour.

Aujourd’hui, quand me vient cette sensation glaciale, cette impression que rien ne pourra jamais apaiser ce froid au cœur, je me roule en boule et j’attends. J’attends parce que je sais maintenant que ça va passer. Je m’installe dans ma solitude, pas celle qui fait mal, non. L’autre, celle qui est mon amie, celle qui ne me laissera jamais tomber. Je lui fais un petit nid douillet et chaud. Je lui raconte des histoires. Je lui parle de maman, la maman dont je ne lui avais jamais parlé, la maman qui, comme moi, savait ce qu'est la solitude ..

Ce qui m’amène tout naturellement à aborder un thème qui est beaucoup revenu dans vos mots, au milieu de toutes vos louanges devant lesquelles je me suis efforcée de paraître impassible alors que vous les répandiez devant moi à pleines brassées.

Merci, merci encore.

Le blog.

Avoir un blog fait que les écrits qui autrefois restaient dans un tiroir peuvent être, si on le souhaite, mis à jour. Mais le blog est un endroit où ceux qui lisent ont la possibilité de s’exprimer, échanger et par là-même enrichir l'auteur(e). Les nombreux contacts à autrui font grandir, j’ai eu l’occasion de l’expérimenter et je le vérifie jour après jour dans mes contacts avec vous. Pour lui permettre de vivre, ça vous le faites vivre ! C’est vous qui m’encouragez, me redonnez confiance en moi, grâce à vous mon écriture gonfle! Parfaitement: j'ai une écriture gonflante!

Sur mes premiers blogs je me posais la question de savoir ce que je pouvais dire ou ne pas dire. Je ne savais pas encore qu’un blog ne dépend pas seulement de son auteur, qu‘il finit par avoir sa vie propre. Il y a sur mes blogs (enfin, ceux qui ne sont pas passés à la trappe) des témoignages parfois poignants, que je lis et relis avec un respect infini et une grande reconnaissance pour votre confiance. C’est comme si, à chaque fois, il se passait quelque chose de grand, dans lequel chacun peut se reconnaître. Vous n’avez pas la moindre idée du bien que cela a pu me faire, que cela me fait encore, vous ne savez pas l’enrichissement que ces échanges m’apportent, ce sont des moments où l’on grandit, où l’on vibre aux émotions, où on est en prise avec la solidarité. Dans ces moments-là j'ai des frissons partout. Barje, la nana ! Oui je sais.

M’en fous.

Pourtant au début, mon blog était plutôt "un blog de filles" avec des crises de rigolades qui resteront longtemps, je crois, dans les annales. Une pensée compatissante pour les rares mecs alors échoués "dans cette galère" par hasard! C'était pour moi une sorte d’exutoire, mais pas du tout comme ce que vous pouvez lire aujourd’hui, il n’y avait rien de grave, jamais, seulement de la dérision, ou plutôt de l’autodérision.

Et puis la vie nous rattrape avec ses mauvais tours, aucun ni aucune n’est épargné pas vrai ?

Après avoir perdu mon père d’un cancer fulgurant en 2000, mon oncle et mon beau-frère en 2002, j’ai perdu ma mère en 2007 d’un cancer tout aussi fulgurant et ma manière d’écrire s’est définitivement modifiée. Je ne pouvais plus écrire comme avant, les tirades humoristiques qui me sortaient toutes seules étaient complètement taries.

À cette période je l’avoue, le "virtuel" est devenu mon refuge. Car oui, nous sommes bombardés de moyens dits de communication les plus sophistiqués qui soient. Et pourtant, jamais nous n’avons été aussi seuls. Je parle d’isolement, pas de la "positive solitude". Cela est valable autant pour les personnes vivant seules que pour les personnes vivant en couple ou en famille : nous éprouvons tous et toutes un sentiment de solitude insupportable, que ce soit par moments ou tout le temps. Ça, c’est la vraie vie.

Peut-être qu’écrire, dessiner, jouer de la musique ou tenir un blog permet juste de l’oublier un instant?

 

Encore une fois je me suis laissée entraîner par les mots, je vous en ai collé toute une tartine.

C’est votre faute aussi! Je vous imaginais, en face de moi, autour de moi, vous que je connais, et vous maintenant les silencieux sortis de votre tannière pour me dire des choses importantes, des choses de vous, de votre vie. Alors que, vous savez quoi ? J’étais juste venue vous dire une chose, une toute petite chose : il y a deux jours, en même temps que la neige, un ange s’est posé sur le rebord de la fenêtre, aussi léger qu’un flocon, un ange porteur d’un message :

la vie est belle!

 

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