Ce sont les vacances d’été et vous allez à la piscine avec votre fille et ses enfants. Après quoi, tout ce petit monde se retrouve au Leclerc d’à côté.

Tandis que vous commencez vos emplettes, le plus jeune de vos petits-fils annonce qu’il va au rayon jouets (vous supputez plutôt qu’il va au rayon pirates, pour lesquels il éprouve une tendresse infinie). Le cadet l’accompagne, pour revenir trois minutes après, complètement affolé : il a perdu son frère ! Vous lui emboîtez le pas, pendant que votre fille, blasée, discute d’une marque de céréales avec son aîné.

Vous partez d’un côté du magasin, pendant que le second de vos petits-enfants part de l’autre, quand vous apercevez votre petit bout, planté devant la grande mode de maintenant, à savoir un "Nerf" (genre de pistolet) d’un merveilleux bleu lagon. Allez hop, le choix est fait, l’enfant court déposer le beau Nerf bleu dans le chariot de sa mère. Au même moment, le cadet, sur vos talons, se met à hurler en constatant que son frère a choisi exactement le même Nerf  que lui! Vous avez à peine le temps de proposer au plus jeune d’en choisir un autre que le second, tel Bip-Bip le Coyote, a filé, son Nerf bleu à la main! Aussi vite il réapparaît, avec cette fois un Nerf rouge. Le benjamin se met à hurler : maintenant, il en veut un rouge aussi ! L’aîné fait remarquer à son petit frère que c’est lui-même qui à l’instant, a refusé que vous lui changiez le bleu. Le petit se calme et vous passez en caisse sans autre incident, en tout cas avec vos petits-enfants, car pour ce qui est des caisses, il y a une personne devant vous, sauf que la femme "a oublié quelque chose" et disparaît en laissant son Caddie à moitié déballé sur la caisse alors que c’est son tour. Ni une ni deux vous donnez vos quelques achats à la caissière et vous avez fini de payer quand la cliente revient, ce qui ne l’empêche pas de n’être pas contente !

Vous n’avez même pas replié le ticket de caisse que les garçons ont (encore) disparu. Eh oui ! À ce sujet en effet, les mères sont unanimes: un enfant restant près de vous, bien sage, sans bouger ni toucher à rien et ce, pendant toute la durée des courses, est une sorte d’idéal, comme, dirions-nous, le Prince Charmant. Donc, comme tout idéal, tragiquement rarissime. Eh oui. Il faut le savoir: un enfant ne reste pas en place, c’est une loi qui doit être bien intégrée le jour où on décide d’avoir des enfants (voire des petits-enfants, car il arrive que ceci entraîne cela).

Ce qui nous amène au deuxième point : quand les courses sont finies, il faut rassembler l’enfant, voire les trois. Seulement voilà, lesdits enfants se sont carapatés devant le stand de hand-spinners placé juste devant la sortie – des fois que vous le rateriez. L’aîné des garçons, qui est très taquin, a fait croire à son petit frère (le fou de pirates) que le hand-spinner avec une tête de mort dessinée en son centre est un hand-spinner de pirate. L’enfant est donc agenouillé devant le stand, il hurle à la mort, les larmes lui sortent par les yeux, par les oreilles (si, si !), et les tapes que son frère lui donne sur la tête pour qu’il se relève font Dong dong vu que le gamin s’est vidé le tube de gel sur les cheveux en se recoiffant après la piscine, ce qui lui fait un genre de casque très seyant.

S’ensuit un chantage entre les trois frères, selon lequel il appert que si les deux grands paient le hand-spinner au plus jeune, celui-ci s’engage à leur donner gratos-ment (en petit-fils dans le texte) son Nerf bleu tout neuf, un dessin de bateau pirate et un stylo rouge.

Tope-là, disent les frères, et c’est un petit-fils rayonnant, volant presque tant est grande sa joie, qui se dirige vers la gare au pas de course en faisant tournoyer son hand-spinner pirate en or ....