89453813_o

 

La Ste Catherine, il n’y a guère qu’à l’École Normale que je l’ai fêtée. J’y suis restée en internat pendant les trois ans qui précèdent le bacc, et avec les vingt et quelques filles de la classe nous étions comme une grande bande de copines qui vivaient ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre (même si, inévitablement, des clans par affinité s’étaient formés). Toutes les occasions étaient bonnes pour danser, s’amuser : on fêtait tout ce qui est fêtable. Un bâtiment était même réservé à cet effet.

À l’époque aucun garçon n’avait le droit de pénétrer à l’intérieur de l’École, Mâdâme la Directrice y veillait ! C’est drôle de repenser à cela parce que ce n’est quand même pas si vieux.. Si ? 1971, 72, c’est vieux ?

C’est comme ça que la dernière année, une poignée des plus délurées faisaient le mur pour retrouver quelque Normalien, voire un non-Normalien (transgression extrême !).. Moi ? Je suivais. J’étais assez timide à l’époque, ce qui me plaisait c’était de sortir dans la nuit, de "franchir la barrière", faire du stop pour aller à Paris, rentrer au petit matin puis passer les cours à roupiller récupérer de ma nuit blanche, des étoiles plein la tête. Ça n’a pas été plus loin parce que, comme d’habitude, le garçon qui aurait pu me plaire est allé voir ailleurs si j’y étais.

Je vous raconte : un jour, par extraordinaire, une sortie avait été organisée entre les Normaliennes et les Normaliens, exception s’il en fut car notre directrice, comme dit précédemment, voyait en la mâlitude le diable personnifié. Le garçon que j'avais repéré, outre des cheveux longs qui déparait considérablement dans le décor, s’adonnait au fumage de pétards (je ne savais pas encore ce que c'était exactement, c'est juste que cela me semblait très exotique). On était censés ce jour-là faire un jeu de piste ou autre truc tout aussi passionnant, et je me rappelle que, rébellion suprême, on s'était assis tous les deux dans un coin de forêt, lui avec son regard comme une voûte céleste nocturne (il avait les yeux noirs) penchée vers le mien plein de curiosité. Ga-ga. Ses beaux cils battaient au-dessus de notre rencontre, comme lentement ondoyés par des esclaves.

A y est.

J’étais sous le charme.

Il me parla de Timothy Leary, et c’est de ce jour que je commençais à griffonner "Turn on, tune in, drop out" un peu partout sur mes cahiers, même si je n’en saisissais pas totalement le sens.

Puis le rabat-oij de prof nous était tombé dessus en prétendant qu’il nous cherchait depuis des heures, que ça allait nous coûter la sortie du week-end au lieu qu’on rentre dans nos home, mais ça y était, j’étais comme qui dirait transformée et la bave de crapaud du prof n’atteignait pas la juvénile colombe que j’étais encore. C’est à la suite de cette rencontre que j’avais lu le récit écrit par un journaliste au sujet d’une jeune droguée qui avait côtoyé Gabrielle Russier aux Baumettes. Dans la foulée j’avais aussi lu tout Gabrielle Russier et j’avais été toute étonnée de découvrir un monde où on pouvait aimer hors des chemins battus.

Pour fêter ça (ou pour faire comme mon beau Normalien ?)  j’avais décidé de modifier mon apparence. Vestimentaire, d’abord : j’avais troqué l'uniforme (jupe bleu-marine/chemisier blanc) contre le "bén patte d’éph" en bas desquels je cousais avec application, la langue dépliée jusque par terre, des en coton coloré (c’est la seule fois de ma vie où j’ai fait de la couture, faut pas pousser non plus!).

Capillaire ensuite : un jour de pétage de plombs comme ça ne m’arrive absolument jamais,  je m’étais coupé les cheveux rageusement à coups de ciseaux, cheveux que j’avais jusqu’alors très longs. Quand j’ai vu ma tête après, j’ai compris que c’était la pire idée que j’ai jamais eue, mais c’était trop tard, je ne ressemblais plus à rien (ça n'a pas changé depuis).

Mais bref, je digresse, comme d’hab.

Ma belle histoire d’amour est morte avant même d’avoir commencé, vu que le garçon s’est fait exclure de l’EN. Peut-être n’est-ce pas plus mal, non pas qu’il se soit fait exclure, mais que je n’aie pas eu d’aventure avec lui. Néanmoins, c’est à partir de ce moment que j’ai été attirée par les babs. Faut dire que le concept était super chouette : détox, bien-êtrox et partageox. Tout le monde mangeait ensemble au son de la cloche qui finissait de tintinnabuler pour que toute la clique se radine en prononçant des Om concentrés. Tout le monde s’aimait et aimait tout le monde (surtout les petits amis des autres). Il y avait même un Nirvanox de promis. Sauf que personne n’a eu le temps de le trouver, la communauté ayant splitté avant. Vous allez me dire, c’est facile de critiquer, t’étais même pas dedans. C’est vrai, je n’étais pas dedans. C’est pour ça que j’ai vu. J’ai vu qu’il n’y avait plus rien à voir, car sur la fin, faut bien le dire, la communauté brillait surtout par son absence de communautaires, Machin s’étant tiré avec Trucque enceinte de Bidule resté tout seul à mâcher son tofu.

De ce jour, j’ai continué longtemps à porter des robes à fleur et des sabots, mais j’ai laissé tomber toute velléité de partageox...

 

20151018_133557a

 

C’est tout moi ça! Je démarre sur Ste Catherine et je finis sur l’amour à plusieurs. Pas étonnant si j’ai toujours eu de mauvaises notes en rédac !