Tout a commencé dimanche, à l’heure où blanchit la campagne. J’ouvre un œil et même les deux, et je bondis hors du lit avec une légèreté surnaturelle telle la rieuse gazelle que je suis. À peine avalé mon premier thé de la journée, je me glisse devant mon clavier, ouvrant et refermant mes petits yeux bridés comme pour trouver la force qui est en moi. Force qui me sert, excusez-moi du peu, à ouvrir ma messagerie où je trouve, je vous le donne en mille ? Des mails.

C’EST FOU, JE VOUS ASSURE, C’EST FOU!

L’un d’eux était de Marie-K, ma peintre préférée – et je ne dis absolument pas ça parce que je suis en passe de devenir exposante des peintures qu’elle m’offre – qui m’écrit "De mon côté je viens de te terminer une petite surprise qui partira par la poste demain lundi."

J’étais ce jour-là en plein dans mes démêlés avec TBE, c’est dire comment j’ai accueilli la nouvelle à l’idée de devoir ATTENDRE ENCORE!

Sans compter que – on se demande vraiment pourquoi – mon facteur me regarde toujours avec l’air de celui qui découvre à côté de la boîte aux lettres l’écriteau "Attention, chien lunatique".

Arrivée à ce stade de mon récit, il me paraît indispensable de vous présenter mon facteur.

C’était il y a quelques années, ma sœur était en pleine création menuiseriesque et n’arrêtait pas de m’envoyer toutes sortes de paquets de toutes formes et de toutes tailles.  

Une fois, j'attendais un de ses paquets qui tardait à venir (j'étais déjà très patiente) et je guettais le facteur, d'où un certain énervement bien compréhensible de ma part. Enfin, il était arrivé en flânant (eh oui, Monsieur FLÂNAIT !). Je me jette sur lui pour fouiller dans son sac dans l'espoir d'y trouver le papillon merveilleux qui m'annoncerait qu'un paquet m'attend à la poste. Le pauvre homme a eu un mouvement de recul (je ne suis pas loin de penser qu'il a cru avoir affaire à une évadée de l'asile). En plus, c'était le moment où j'avais décidé de refaire mes fenêtres, je portais un jogging constellé de peinture blanche écaillée, et mes cheveux comme à leur habitude vivaient leur vie en tiges raides indépendantes les unes des autres.

Quand mon facteur réussit à m'expliquer que ce n'était pas lui qui distribuait les paquets volumineux, je l'aidai à ramasser les lettres que j'avais fait voler sur le chemin. Tandis que j'essayais de le convaincre qu'en temps normal j'étais quelqu'un d'extrêmement rationnel (oui, bon, OK! Les avis sont très partagés sur la question!), il se contenta d'hocher la tête et de s'éloigner de moi à reculons..

Franchement ça serait vous, vous en auriez fait tout un fromage ? Pf. Je ne suis pas loin de croire que, tout de même, c’est un être particulièrement fragile (il faut dire, c’est un homme!), parce que la fois d’après, il m’a remis mon paquet grignoté. Absolument ! Gri-gno-té !

Voyez vous-même :

le facteur traumatise

Observez bien le coin droit du paquet, en haut.. Le pauvre homme aurait-il perdu toute retenue à force de me distribuer des trucs qui sentent bon ? (tabouret à la menthe, table basse à la sauge, étagère au thym, etc, etc) (ma sœur en profitait pour joindre des plantes aromatiques de son jardin).

Et le jour de Lapeyre ! Je vous narre.

J’avais fait changer ma porte d’entrée, et figurez-vous qu’il manquait un bitoniau indispensable puisqu’il servait à fermer la porte (et pour une porte, ne pas fermer, vous avouerez que ce n'est pas ce qu'on a trouvé de mieux!). J’avais donc attendu toute la sainte journée le bonhomme de Lapeyre (qui finalement n’est venu que le lendemain). Imaginez juste dans quel état j’étais, moi qui suis si patiente! C’est comme ça que je m’étais dit qu'une petite prière ne serait pas du luxe et je m’étais jetée par terre pour que ma supplication ait plus de poids. C’est à ce moment-là que mon facteur est passé, me trouvant à quatre pattes. Il m'avait proposé de l'aide pour me relever. 

"Heu, merci... Mais tout va bien.  Je prends juste un moment pour me recueillir. Vous n'avez rien contre les gens qui prient avant le repas, n'est-ce pas ?"

Je ne saurai dire avec exactitude la signification de ce que j'ai lu dans ses yeux au moment où il m'a donné mon courrier, avant de fuir à toute allure.

Enfin, toujours est-il que depuis, il signe à ma place les paquets censés être délivrés contre signature et distribuent les autres chez mes voisins.

Je ne l'aurais pas traumatisé, quand même ??? Moi qui me comporte toujours super normalement !! J’comprends pas ..

Bref, tout cela pour vous dire que maintenant, j’ai beau le guetter, je ne le vois jamais passer ! Peut-être qu’il a mis au point une méthode pour lancer mon courrier dans ma boîte aux lettres, tapi derrière la haie du voisin d’en face ? En tout cas sa méthode est hyper efficace, car mardi j’ai fini par découvrir la merveilleuse surprise de Marie sans avoir surpris le cher homme au moment où il l’y a jetée!

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© Marie

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Depuis, je n’arrête pas de la regarder (la peinture, pas Marie). J’en ai le cœur tout chamboulé, je me demande quand il va réussir à redémarrer correctement.

Il faut que je vous précise que Les Vessenots, c’est l’endroit d’Auvers où ont vécu mes ancêtres maternels, ces aïeux, qui, inévitablement, ont croisé Vincent, ou encore le Docteur Gachet (ils habitaient la même rue). C’est dingue de se dire ça, et même de ne pas se le dire, car Marie arrive très bien à faire passer dans ses œuvres toutes les émotions qu’elle ne formule pas.

À propos de formulation, et pour passer du coq à l’âne, ce qui n’est absolument pas mon genre, je fais une petite parenthèse pour les messieurs.

Messieurs, par-lez. Dites les choses. Si votre cœur bat pour elle, que ce soit d’amour, d’amitié, de compassion, de tendresse, ou de quelque chose que vous ne savez pas définir, je vous en supplie, dites-le lui. N’attendez pas dix ans, quand il est trop tard, quand elle est malade, quand ça n’a plus de sens, ne la laissez pas, petite chose fragile, seule dans sa détresse glacée au prétexte que "Si je lui dis elle va croire que".

Franchement, pensez-y les loulous : toutes les femmes aiment être rassurées. Toutes les femmes ont besoin d’être rassurées. Même celles qui.

Surtout celles qui.

Ça ne vous mettra pas en danger je vous assure. Ça fera juste du bien à tout le monde !

Alors sinon, aujourd’hui débarquement à la maison de mes petits-fils, car demain on part tous ensemble pour la Nièvre. Ce serait mentir de dire que je n’ai pas hâte !

Je vais donc être peu présente jusqu’à lundi prochain, et même totalement pas là, étant donné que je ne me connecte jamais quand je ne suis pas chez moi (contrairement à ma descendance, qui se connecte tout le temps et partout, mais ceci est une autre histoire).

Vous voudrez bien me pardonner ce léger contretemps. Mais je vous en prie, faites comme chez vous! (juste, n’oubliez pas de tirer la porte en partant !)

Je vous souhaite à tous une belle fin de semaine, et pour ceux qui sont en congés, profitez bien !

Smouiiiich ! ♥