Sur une proposition d'écriture du Goût (CLIC)

Une idée sublime m'est venue (il est vrai que toutes mes idées sont sublimes, mais passons): je vais vous raconter une histoire qui m’était arrivée en octobre, c’est d’ailleurs pour ça que j’y repense (mes plans les plus foireux se passent souvent en octobre. Suis-je un suffisamment bon exemple pour qu’on puisse en faire une généralité ? Je m’interroge.)

Je vous égaie cet épisode dramatique avec une image chipée chez Le Goût histoire de ne pas vous plomber le moral (j'en profite pour prévenir les âmes sensibles que vous feriez mieux de passer votre chemin !).

Les autres, je vous souhaite une bonne lecture !

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C'était une période où je vivais sans homme. J’avais des amis, du travail, des rêves, des passions, des envies, des crises de fous rires, des projets. Oui mais voilà, je n’étais pas en couple. Donc pour les autres, je ne valais rien. J’étais donc souvent dans des grands moments de réflexion (si-si, ça m’arrive !) à essayer de faire la part entre ce que je désirais vraiment et ce que j’étais censée faire pour rentrer dans le troupeau et n’être plus montrée du doigt par mes amis qui voulaient à toutes forces me caser (Tu vas voir, il va te plaire, etc.)

C’est comme ça qu’on m’a parlé du copain d’un copain d’un copain, beau, intelligent, sportif. C’est le mot "sportif" surtout qui m’avait alléchée, vu que c’était à une période de ma vie sexo-affective où j’étais dans un désert très désertique, alors j’avais surtout besoin qu’il sache se servir de ses muscles.

Premier rendez-vous: la merveille sonne à la porte.

Je venais de passer la matinée à me préparer. Déjà, ça m’avait un peu mise sur les nerfs. Je ne savais pas trop quel genre de robe j’étais censée porter. Trop courte? Allumeuse! Trop longue? Rigide! Décolletée? Pas décolletée? Talons hauts? Talons plats?

Misère !

Bref, on sonne. Je vais ouvrir : ce que je vois me glace d’horreur, une vision apocalyptique, une espèce de Quasimodo avec un œdème gros comme un œuf sur l’œil et le front tuméfié, mon Dieu qu’est-ce que c‘est que ça ?

Je referme la porte aussi sec, mais j’entends "Ambre ? C’est bien toi, Ambre?"

RHÂÂÂÂÂÂ !!

Comment ce psychopathe connait-il mon nom ?

Je rouvre timidement et laisse passer un cil. Pour entendre qu’il n’a pas eu le temps de passer se changer, rien ne s’est déroulé comme prévu, il s’est pris un coup en pleine poire au cours des dernières minutes de son match de foot. On avait été obligé de lui faire quelques points de suture et il était un peu commotionné.

Pas autant que moi, je t’assure !

Enfin passons. Je me décide malgré tout à le suivre en zieutant son jogging maculé de boue et de sang séché, et en comparant avec la petite robe que je porte. Purée, on fait une sacrée paire !

Il me suggère de m’emmener dans un pub afin de voir comment les choses se présentent.

Comment ça, comment les choses se présentent ? A-t-il l’intention de me plaquer après avoir descendu quelques pintes de bière au cas où je ne lui plairai pas ? Ça commence fort!

Bref, nous voilà attablés face à face. Et voilà-t-y pas qu’il se met à me raconter son fichu match de foot avec les petits détails. Purée où est le menu, qu’au moins je m’occupe la bouche??

Pas de menu, rien que de la bière. J’en suis donc réduite à l’écouter en silence en sirotant mon panaché, un truc que j’avais plus bu depuis mes vingt ans. Purée, lui c’est le deuxième bocal de bière qu’il descend! Quel gâchis, un type si mignon, même amoché! Qu’est-ce que ça doit être quand il est dans son état normal!!!

Soudain, sans crier gare, il glisse sous la table. Misère!!! Qu’est-ce qu’il se passe encore ? Il est marié et il vient de voir surgir son épouse ? Et si je me jetais sous la table aussi pour faire quelques petits exercices d’approche??

Ah mais non, le revoilà, en ahanant et en se tenant sur le bord de la table, il arrive à se re-hisser sur sa chaise. Pour se relever comme fou et faire des bonds désordonnés en battant l‘air de ses bras.

SUPER! IL A ENVIE DE DANSER! Je me jette dans ses bras, éperdue, mais je réalise à ce moment qu‘il est cramoisi, tout cela n‘a rien à voir avec la gigue, il est juste en train de s’étouffer avec une cacahuète ! GÉ-NIAL !!

Le voilà qui se rassied. Ah purée il a vraiment besoin de boire un coup, il a eu chaud!

Il se met à bredouiller, bafouiller, s’embrouiller. Il n’ose même plus me regarder. Ses mains tremblent.

J’y suis : IL EST SOUS LE CHARME. Je lui fais tellement d’effet qu’il a peur de ne plus pouvoir jamais me quitter, mais sa pudeur l‘empêche de me plaquer au sol sous son beau corps musclé. C’est atroce.

Il descend son troisième bocal de bière.

Bon, je vais l’encourager avec le tact qui me caractérise. Je suis sublime, c‘est vrai, mais pas inaccessible ! Faut rien exagérer !

Je jette négligemment mon foulard parfumé par terre. Normalement, il va se baisser pour me le ramasser.

Il se baisse. Effectivement. Le nez dans sa pinte de bière.

C'est pas possible, c'est une blague! Où sont cachées les caméras?? Yououh?? Surprise sur prise ??

Je ne sais plus quoi faire.. Je le secoue, il ne se passe rien !

Si. Il ronfle.

Rhm, ma nuit d’amour torride me parait très très compromise !

J'te me le secoue encore un p’tit chouïa. Toujours rien. Je lui renverse son bocal de bière sur le crâne.

"OUI? HEIN? KESKISSPASS?" fait-il en ouvrant son seul œil valide.

(moi) Oh vous ici!!  Comment ça va? Dis donc, c’est à force d’être aussi mufle que tu t’es plongé tout seul dans ce sommeil profond? Ben tu m’excuseras, mais j’en peux plus de ton blablatage. Purée, en une seule après-midi, t’as réussi à me prouver que l’homme des cavernes n’était pas mort ! Quel choc ! J'vais être obligée de rentrer me coucher parce que ta démonstration m’a épuisée !!

(lui) OUAAAAAH! J'ADORE LES FEMMES DE CARACTÈRE! TOI MA POULETTE, TU DOIS ÊTRE SUBLIME AU LIT!!

Et voilà comment mes efforts ont finalement été récompensés ...