Bonjour à vous,

Brunehaut et Frédégonde ayant été évoquées ici et là, je vous propose aujourd’hui de vous en dresser quelque portrait. Sachez toutefois que les anecdotes racontées à leur sujet sont extraites d’une chronique écrite un siècle après leur mort. La seule et unique chronique sérieuse contemporaine de leur temps a été rédigée par un homme qui devait son poste à un ennemi de Frédégonde. No comment.

Pour le reste, ma foi, le brouillard restera à jamais impénétrable. C’est pour cette raison, sans doute, que tant de choses ont été dites au sujet de ces deux femmes comme de tant d’autres figures célèbres. Le moyen, sinon, de raconter l’Histoire ? Sans un peu d’imagination, comment faire de ces existences enfuies quelque chose de tangible ?

Que cette irréparable obscurité ne vous empêche pas de prendre plaisir à me lire, tandis qu’au dehors, la pluie tombe, tout doucement.

Je vous souhaite à tous une très belle journée !

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Il était une fois au royaume des Wisigoths d‘Espagne, une brune princesse qui était belle, belle, belle comme le jour. Elle était aussi intelligente et pleine de grâce, ce qui fait que lorsque son père Athanagilde la donne pour épouse à Sigebert, le roi franc d’Austrasie (un des petit-fils du grand Clovis), ce dernier ne se sent plus de joie.

Sigebert fait une fête magnifique en l’honneur de ses noces avec "l’étincelante Brunehaut, la perle nouvelle que l’Espagne a produite, plus brillante que le flambeau du ciel, autre fille de Vénus, dotée de l’empire de la beauté " etc, etc, etc.

Cela se passe en 566 à Metz. Tous rient, festoient et ripaillent.

Tous ? Non. Car Chilpéric, un des frères de Sigebert (enfin, un de ceux qui n‘a pas été zigouillé par leur propre père, le délicieux Clotaire, celui qui a épousé Radegonde), Chilpéric donc, est vert de jalousie. Déjà, il s’est fait avoir en héritant de la Neustrie, alors que son frère Sigebounet le chouchou a reçu la meilleure part (l’Austrasie), ensuite voilà maintenant qu’il a une femme splendide, alors que lui le pauvre il n’a qu’une petite trentaine de femmes toutes plus blondes les unes que les autres. C’est pô juste !

Du coup il demande à Athanagilde si des fois il ne lui resterait pas une fille ou deux ? Le roi d‘Espagne a bien encore en stock sa fille aînée, Galswinthe. Elle n'est pas aussi belle que la cadette mais compte tenu qu’elle amène des trésors d’une autre espèce, ceci compense cela et l’affaire est conclue.

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Comme Chilpéric est un homme qui a de la morale, il enferme d’abord dans un couvent la reine en titre, Audovère, renvoie toutes ses maîtresses aux cuisines, puis, l’âme sereine, épouse Galswinthe en 567, au cours d’une fiesta encore plus éblouissante que celle qui avait eu lieu pour le mariage de son frère.

Tout cela a l’heur de contrarier profondément Frédégonde, une des femmes que Chilpéric a relégué aux fourneaux. Quoique blonde, Frédégonde n’entend pas compter pour des prunes et encore moins rester servante toute sa vie.

Une nuit, elle étrangle la reine Galswinthe dans son lit et s’installe à sa place. Ce qui arrange bien le roi qui commençait à se lasser d’aller d’un lit à l’autre.

Seulement voilà : comme on le conçoit aisément, Brunehaut n’est pas très contente d’apprendre la mort de sa sœur et elle pousse son cher et tendre à la venger - bon, avouons qu'elle n'a pas trop de mal à convaincre Sigebert, vu la façon dont les petits-fils du grand Clovis se traitent entre eux, à l’image de leur père Clotaire qui a exterminé presque toute sa famille, neveux, fils, petits-fils .. (Néron, Hérode et Attila, c’est de la gnognote à côté).

Or donc, voici où nous en sommes en ce beau matin de 573 : Chilpéric, sortant tout émoustillé du lit de la belle Frédégonde, envahit brusquement le territoire austrasien.

Sigebert, armé jusqu’aux dents, lui fonce dessus avec son immense armée et le vainc.

"Trop d’la balle ! " se dit Sigebert en entrant dans Paris avec Brunehaut, tout heureux à l’idée qu’il est maintenant le roi des Neustriens.

Seulement voilà, au moment même où il est hissé sur le pavois (c’est-à-dire promu au titre de roi à la mode franque) deux hommes envoyés par Frédégonde le laboure de coups de scramasaxes (le poignard franc). Sigebert meurt d’autant plus rapidement qu’elle a enduit elle-même de poison les lames des scramasaxes ..

Bilan des courses :

- Brunehaut passe direct de reine de Neustrie à prisonnière de Chilpéric (qui en aurait bien fait son cinq à sept), mais Frédégonde juge plus prudent de l’expédier en Normandie (Brunehaut, pas Chilpéric).

- Où la suit en secret Mérovée, un des fils que Chilpéric a eu de sa première épouse Audovère, qui est tombé direct amoureux de sa tante et arrive à force de persuasion et d’adroites caresses à lui faire oublier qu‘elle vient tout juste d‘être veuve.

Quand Frédégonde apprend cela, elle jubile, son nouveau plan étant de se débarrasser des enfants que Chilpéric a eu avec ses autres femmes pour que ses enfants à elle montent sur le trône. Elle fait donc tondre Mérovée qui, complètement traumatisé, se suicide.

En 577, une terrible épidémie de variole s’abat sur tout le royaume, emportant tous les fils de Frédégonde, qui se demande ce qu‘elle a bien pu faire au ciel pour qu’il s’acharne ainsi sur elle. De rage elle accuse de leur mort un autre des fils d’Audovère pour pouvoir le faire assassiner.

Seulement voilà, il faut qu’elle en refasse un autre!

Pff.

Celui qui sera Clotaire II naît en septembre 584. Chilpéric tout heureux d’être à nouveau papa, rentre de la chasse pour aller voir son rejeton, et trouve Frédégonde au lit avec un de ses nombreux amants, ce qui le contrarie un peu.

Elle se dit qu’avec son caractère de cochon il est fichu de la répudier et décide de prendre les devants en le faisant assassiner à coups de scramasaxe (sa grande spécialité).

Sur sa lancée elle zigouille le fils de Brunehaut en 595.

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Frédégonde et Brunehaut se retrouvent donc face à face avec des pouvoirs égaux, l’une en Neustrie, l’autre en Austrasie. Elles donnent libre cours à la haine féroce qu’elles se vouent dans une longue suite de conspirations, de traîtrises, d’assassinats et de guerres (attitude qui, évidemment, serait inconcevable de nos jours). Si bien qu’en 597, lorsque la Grande Faucheuse vient chercher Frédégonde, ça l’énerve direct de devoir quitter ce monde sans avoir réussi à éliminer sa rivale.

Mais elle a tort de s’énerver: avec son fils Clotaire qui a grandi dans la haine de sa tante, la relève est assurée.

Après encore deux-trois petites guerres histoire de rester dans le bain, la vieille reine Brunehaut (elle a près de quatre-vingt ans maintenant), finit par être vaincue et faite prisonnière par son charmant neveu. Il la fait torturer pendant trois jours, puis l’installe sur un chameau pour que ses soldats l’insultent et l’humilient. Après quoi, il la fait attacher nue par un bras, une jambe et par les cheveux à un cheval fougueux qui court dans tous les sens comme un fou en faisant balloter le pauvre corps de la reine derrière lui.

"Purée, la journée a été rude !" gémit Brunehaut avant de rendre son dernier soupir...

Cette touchante scène de famille se déroulait à l'emplacement de l'actuel Louvre ...

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devant lequel posa ma fille,

pour vous servir..