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Musée de la vie romantique - 21 mars 2008

 

D'elle ne me reste que ce qu’en garde ma mémoire. Assise en bout de table, ses cheveux blancs de neige, son rire, grand et fort, un rire que rien, jamais, n’a pu altérer. Une peau fine, douce et lisse, si surprenante pour une personne âgée.

D’elle il me reste son histoire, celle qu’elle me racontait, au feu de la St Jean, dans ce village français. Il faisait nuit, ses yeux à lui brillaient, c’était à Auvers, et ils se sont aimés.

D’elle, je revois une photo, perdue à jamais : une jeune femme très brune, avec les yeux foncés, sa taille était si fine, elle paraissait voler. Elle était de celles que l’on dit fortes : elle marchait menton levé.

C’était il y a longtemps, une de mes phrases préférées. Dans ce village – Auvers – elle était née un matin froid de 1879. On était en juin pourtant, mais l’Oise avait quitté son lit. Une métaphore, peut-être, de ce que serait sa vie ?

Sur le baptistère de l’église, on avait penché le bébé entouré de son père, de sa mère et ce frère qui, dans la tapisserie du temps, resterait jeune à jamais.

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© Marie K

C’était dans cette église-là

(représentation unique au monde puisqu’elle n'a plus toute sa tête).

 

J’avais onze ans quand mon arrière-grand-mère nous a quittés. Elle m’a laissé son rire, le feu de la St Jean et le poème de son aimé.

Plus tard j'ai refait le voyage dans le passé. Un voyage émouvant, difficile, lumineux. Elle m’a appris qu’on peut s’aimer, malgré tous les malgré.

J’ai fait des recherches, j’ai pris mon clavier.

De temps en temps, venu droit des nuages, j’entends son rire pour dire si oui ou non, j’ai bien raconté.