Ce matin encore je me suis réveillée de bonheur. J’ai bien dormi, j’ai même dormi profondément, le cocktail piscine-papier peint-yoga n’y est sûrement pas étranger, mais surtout, surtout, aucun mal ni aucune douleur ne m’ont tirée des bras de Morphée.

Depuis quelques années, j’aime mon corps.

Je vais essayer d’être plus précise : j’ai passé mon existence, déjà fort longue, à me détester, rejeter mon apparence, me trouver moche et grosse. Quand j’étais jeune, il y avait ma sœur et la concurrence était rude : grande, blonde, elle raflait tous les gros lots, et même les petits ! Elle raflait même le cœur de mes parents, et je restais dans mon coin, mal-aimée, maladroite, mal tout court.

Plus tard, ça a continué, je ne m’aimais pas-je ne m’aimais pas-je ne m’aimais pas. Quand je plaisais à un homme, il fallait qu’on me le prouve par A + B (je n’y croyais pas quand même !) et s’il me le disait lui-même, je ne le croyais pas non plus. Je me suis acharnée toute ma vie à me jeter à la tête de ceux que je n’intéressais pas. J’ai toujours évité ceux à qui je plaisais (les gentils). Ce qui m’a permis, excusez-moi du peu, de passer ma vie à me plaindre !

Ce qui est incroyable c’est que lorsque je regarde les photos de moi avant, je me trouve belle. Mais oui! Je me trouve belle! D’où me venait cet acharnement à me persuader du contraire? Qu’avais-je peur d’affronter, au juste?

Et puis un jour, j’ai commencé à me regarder. À me regarder vraiment. Je ne le faisais jamais en fait, je fuyais les miroirs.

Et j’ai vu deux yeux. Deux yeux en bon état de marche et qui me permettent de voir, de lire, d’écrire, de faire des photos. J’ai vu les trois tifs sur mon crâne qui rebiquent quand je sors de la piscine, c’est mignon ! J’ai vu mon ventre, il est un petit peu rond maintenant, pas beaucoup, un joli petit bedon. J’ai hérité la taille fine de ma mère, et quand j’étais jeune et qu’un homme mettait ses mains autour de ma taille, ses doigts se touchaient.

Mon ventre, c’est lui qui a toujours morflé en premier. Maintenant je le bichonne. Je lui mets une petite bouillotte tous les soirs et je le câline. Parfaitement. Mon ventre, je le câline. Je pense à tous mes organes au-dedans qui, la plupart du temps – quand je ne les malmène pas trop - font si bien leur travail, si consciencieusement. On n’y pense jamais. On ne pense jamais à ce corps, notre corps, qui est un véritable miracle. Et dire qu’il y a des gens qui ne croient pas ! Alors que ce qui nous est donné est si parfait !

Je ne suis pas en train de dire que les injustices, la douleur, la maladie n’existent pas et que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les épreuves existent, on y est confrontés dans la réalité. C’est inévitable.

Je dis simplement que souvent, on se fait un monde de choses somme toute puériles. Quelques kilos en trop, le nez comme ci comme ça. De toute façon on ne peut pas changer. Je suis comme je suis, avec mes yeux de chinoise comme disait Maman, tu as les yeux de ton père. Je pleurais encore plus fort quand elle me disait ça alors que c’était des mots d’amour. Qu’aurait-elle pu me donner de plus beau que les yeux de l’homme qu’elle aimait ?

Je suis comme je suis, avec ce visage-là, avec ce corps-là, deux jambes qui me portent partout où je veux aller.

C’est un miracle.

C’est. Un. Miracle.

Peut-être même que toutes les interventions chirurgicales que j’ai subies, c’était des appels de mon corps me hurlant d’arrêter de le maltraiter.

Je réalise la chance, l’immense chance que j’ai d'avoir traversé ces épreuves de souffrance physique qui me permettent maintenant d’apprécier tout ce temps où je vais bien, où je n’ai pas mal ; double chance que cela me soit arrivé lorsque j’étais jeune, avec suffisamment de force pour endurer cela. Car maintenant je me sens vulnérable. Je me sens fragile. Je veux qu’on prenne soin de moi et qu’on ait des attentions pour moi!

Ah, une autre chose : depuis quelques temps, j’ai le cœur à droite. Le cœur, vous savez, cet organe qui fait boumboum quand on est touché-e, ému-e, en empathie : je le sens à droite (peut-être devrais-je lever le pied sur certaines postures de yoga).

Eh bien mon cœur à droite, il envoie des pensées d’amour à tous ceux et toutes celles d’entre vous dont le corps est malmené, tous ceux et toutes celles d’entre vous qui traversent des épreuves de santé ou dont les proches traversent des épreuves de santé.

Voilà.

 

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Ce n'est pas facile de réussir une photo d'arbre en fleurs!

(spéciale dédicace à l'oeil aiguisé de Coum'!)

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Je croyais que c'était un prunus, mais un Monsieur me voyant mitrailler ce pauvre arbre s'est arrêté à ma hauteur et a parlé de cerisier! Les paris sont ouverts!

 

Je vous souhaite une belle journée!

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