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Cétait il y a très longtemps (ça doit être mon côté Cancer qui fait ça, j’ai toujours aimé les choses d’il y a très longtemps.. Ma mère disait toujours que je ne suis pas née à la bonne époque, que j’aurais dû naître super avant, genre à l’époque des preux chevaliers, moi j’aurais été une princesse et on se serait battus pour mes beaux zyeux, tout ça. Sauf que si c’est ma nature profonde d’aimer ce qu’il se passe avant, ben ma mère de l’époque des chevaliers elle m’aurait dit que j’aurais dû naître au temps des Cro-magnons.. et ainsi de suite).

Bref.

Donc, c'était un temps d’il y a très longtemps. À cette époque, on ne croyait pas à la logique linéaire, binaire et dualiste. D’ailleurs, on ne croyait pas à la logique du tout. Avant tout, c'était un monde organique, dans lequel les événements étaient liés entre eux. La destinée humaine ne se trouvait pas dans la libération, mais dans la liberté, celle qui n'a que faire de comprendre la vie mais qui permet de s’initier à elle. En ces temps anciens, pas de certitudes philosophiques : seulement des relativités s’exprimant par le sacré et la poésie, par des correspondances secrètes entre des mondes magiques. L’éveil de la conscience ne se faisait pas par la pensée, parce que la vie et le rêve appartenaient au même monde.

Approchez-vous, je vous en prie, approchez-vous de ce monde. Vous y verrez des hommes et des femmes en train de célébrer Lug, l’époux de la déesse Brigit, ce même Dieu qui a donné son nom  à la ville de Lyon (entre autre) dont la Fête des Lumières qui perdure de nos jours trouve là son origine.

Voyez les hommes, avec leurs pantalons étroits et collants que les Romains appelleront des bracca  (braies). Des guêtres de tissu sont fixées au bas de leurs jambes et couvrent leurs gallicae (sandales). Sur le torse, ils portent un gilet serré recouvert d'une blouse. Chez certains, cette saie est rayée, sur d’autres elle est en tissu de laine unie ou bien à carreaux. Elle est ajustée à la taille par une ceinture, avec ou sans manches (les Romains appellent celles avec manches palla gallica).

Les femmes, elles, portent une tunique serrée qui s’enfile par la tête, sans ceinture si elle est longue et avec si elle est courte, parfois plissée, ce qui lui donne de l’ampleur. Ornée de franges ou de dentelures en bas, doublée de laine ou de fourrure qui dépasse sur les bords, la tunique a des manches collantes jusqu'aux poignets. Elles se portent souvent par deux, superposées, la plus longue sert alors de lingerie de corps.

Comme elles sont belles ces femmes, dont les plus jeunes en toges immaculées suivent les druides et les bardes, portant avec préciosité les plantes rituelles et sacrées que sont le blé et la bruyère.

Grande divinité celtique omniprésente en Gaule, Lug est le dieu de la synthèse: il vient du passé, du présent et du futur, il est issu du monde de l'esprit et du monde de la matière, il est le fils de la lumière et des ténèbres, du ciel et de la terre, de la vie et de la mort. C’est pourquoi le jour où on le fête est aussi l’occasion de célébrer les mariages, qui en ces temps sensés sont une institution souple, un contrat dont la durée n'est pas forcément définitive. La femme choisit librement son époux et en se mariant, elle n’entre jamais dans la famille de ce dernier, elle appartient toujours à sa famille d'origine, le prix versé par le mari pour l'achat de sa femme n'étant qu'une compensation donnée à la famille de celle-ci. D’ailleurs, en cas de divorce, elle retourne dans sa famille d'origine (divorce qui se fait par consentement mutuel, sauf en cas de maltraitance de la femme par son époux - la séparation chez les Gaulois n'est qu'un contrat qui cesse).

Du reste, pour eux, se marier n’est pas une obligation. Ils peuvent aussi vivre dans une sorte de concubinat, néanmoins réglementé par des règles strictes - par exemple, si l’homme est déjà marié il ne peut prendre une concubine qu'avec l'accord de sa légitime.

Eh oui, le mariage gaulois ne s'embarrasse pas de cérémonies rigides et compliquées. Seules les convenances d'âge, de naissance et de rang sont respectées. Les jeunes gens jouissent de la plus grande liberté et les jeunes filles, nubiles dès 14 ans, disposent elles-mêmes de leur main. Ses parents accordent l'entrée de la maison à tous ceux qui la veulent pour femme, et lorsque son inclination est confirmée, elle leur en fait part.
Le jour de Lug, ils invitent tous les soupirants à un banquet. Avant le repas, la jeune fille présente aux convives un baquet d'eau pour se laver. Celui auquel elle le présente en premier est celui qu'elle a choisi. 

Oui, contrairement à leurs consoeurs romaine et grecque, les Gauloises ont la vie belle. De plus, elles participent activement aux actes de guerre. Armées d'épées et de haches, elles se jettent tout à la fois sur l'ennemi romain et sur le fuyard gaulois pour l'obliger à se battre.

Le courage de la femme celte est également attesté par des histoires de femmes employées aux champs et qui ne s'interrompent que quelques minutes dans leur travail pour aller... accoucher.

Contrairement aux Romaines qui n’ont aucun droit de cité, les Gauloises, en plus, participent aux affaires publiques. Les Latins s'étonnent d’ailleurs de la place occupée par les femmes, que ce soit chez les Gaulois ou dans la plupart des peuples dits "barbares". Lors de leur conquête des Gaules, les armées romaines seront surprises de rencontrer des peuplades celtiques dirigées par des femmes.

Le seul point noir de ce tableau idyllique se situe dans le cadre de la vie privée, où la femme dépend totalement de son homme (époux, père), qui a le pouvoir absolu sur elle. Une manière, on va dire, de canaliser l’angoisse masculine vis-à-vis de la puissance que la Femme incarne, notamment celle de donner la vie. Car pour les Celtes, et toutes leurs traditions le disent, la Femme est la déesse, l’initiatrice, la messagère des Dieux, celle qui introduit l’homme dans le monde des Réalités Supérieures.

C’est cette mâle terreur associée aux conséquences de la conquête de la Gaule par Rome qui va entraîner la perte de ce statut pour les femmes, la disparition du sentiment d'admiration sans limite et d'adoration qu'on avait alors pour elles. La conversion des Gallo-Romains au christianisme va les enfermer dans un rôle dont elles mettront plus de deux mille ans à ressortir ..

À en ressortir? .... Vraiment?