Spéciale dédicace à Heure Bleue,

en espérant t’apporter un peu de légèreté dans la période angoissante que tu traverses.

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Il y a quelques années, suite à une mammo de contrôle qui avait révélé une masse non identifiée, et après une biopsie de ladite masse pourtant normale, la sénologue m’avait fortement conseillé (pour ne pas dire ordonné) de passer un IRM. J’y étais donc allée avec ma taxi (entendez : en taxi, dont je suis devenue copine comme cochonne avec la conductrice).

Premier épisode :

J’entre dans l’hôpital. Je demande à l’accueil où ça se passe, les IRM.

Surprise : À L'ACCUEIL, LA DAME EST ACCUEILLANTE! Elle m’indique le chemin.

Centre de radiologie : là aussi, la dame de l’accueil est souriante (à mon avis, tout le monde se shoote ici, pas seulement les malades).

Ah. Me voilà devant le grand manitou. Je lui tends la mammo et le résultat de la biopsie.

Il observe, il observe.

SUSPENSE.

(Dans ma tête : ouais, c’est sûr, la masse n’est plus là. Je croise les doigts, j’implore Dieu, Jésus, Bouddha, et quelques autres divinités pour faire bonne mesure)(Grand Manitou me sourit. C’est bon signe ça, non ?)

(Grand Manitou) Bon, c’est OK !

(moi) Koassè OK ?

(Grand Manitou) On la fait, cette IRM !

Quel rabat-oij celui-là ! Je ne sais pas si je vais le garder dans mes relations ! (Oui parce que pour ceux qui ne savent pas, je suis claustrophobe. De chez claustro. C’est de famille. Ma sœur aussi. On préfère se taper 17 étages que monter dans un ascenseur) (fin de la parenthèse).

La secrétaire, justement : Êtes-vous claustrophobe ?

(moi) Absolument! Alors je veux qu’on m’endorme! Je veux qu’on m’endoooooorme!

(elle, toujours aussi souriante) (comment refuser de se faire irémer avec des gens gentils comme ça?) Désolée mais on ne peut pas vous endormir. Par contre vous pouvez vous faire accompagner.

(moi) Ah? Quelqu’un peut rentrer avec moi dans la petite pièce?

(elle) Oui, je vais vous donner deux questionnaires, un pour vous et un pour la personne accompagnante.

(moi, toute guillerette, à ma taxi) Vous voulez bien m’accompagner?

(elle) Bien sûr que je vais vous accompagner.

(moi) Et venir à l’hôpital avec moi ?

(elle) Mais bien sûr, j’ai bien vu ce matin que vous étiez angoissée.

(moi) Et rentrer dans la petite pièce d’IRM ?

(elle) Mais oui. Mais oui. Bien sûr que je ferai ça pour vous.

Ah purée ! Ma taxi m‘èèème !

Comme a dit ma sœur quand je lui ai raconté ça, "Elle est drôlement sympa ta taxiwoman !! En fait non, elle est normale! Ce qui est triste c’est que tout le monde devrait agir ainsi mais que quand ça arrive, on trouve ça extraordinaire .. Ya vraiment plus beaucoup d’humanité dans ce monde .."

 

Deuxième épisode :

Ma taxi et moi, on arrive à l’hôpital avec chacune notre petit questionnaire (il y a pas mal de conditions pour rentrer dans la petite pièce d’IRM, et entre autre de ne pas porter de soutien-gorge. Bon je ne vais pas commencer par vous faire vous esclaffer en vous disant que pour moi aucun problème. Ma taxi par contre avait mis une jolie petite tunique sans rien dessous (ma taxi m’èèèème !), oui et donc aussi, par exemple, pas de maquillage, ce qui m’a déprimée car je voulais justement leur faire une très forte impression en plus de leur chanter quelque chose).

Et nous revoilà à l’accueil.

Ce n’est pas la même secrétaire que l’autre fois.

Elle, c’est plutôt genre "J’viens d’me taper un contrôle fiscal "

Je lui présente nos beaux questionnaires et elle me fait :

"Madame ne rentrera pas avec vous"

"Ah ? " réponds-je, démontrant une fois encore mon extraordinaire capacité de répartie.

"Personne ne va rentrer avec vous, même pas le docteur" (Quel dommage .. il est pas mal !)

Puis, de sa voix aussi douce que du papier de verre elle ajoute :

"On vous a dit qu’elle allait pouvoir rentrer avec vous ? "

Moi : "Ben oui"

La secrétaire marque une pause pour augmenter l’effet dramatique puis lâche : "Ben non"

Moi :" Ah "

Bon, j’ai été un peu déstabilisée sur le moment, mais finalement je remercie la gentille secrétaire qui m’avait laissé croire cela possible, car je ne me suis pas angoissée là-dessus inutilement !

Après relativement peu d’attente nous voilà dans le "vestiaire" où ma taxi a le droit de venir. Je lui fais donc un beau strip-tease (le questionnaire ne servait à rien, en fait il faut tout enlever !) après quoi le médecin est venu poser un cathéter pour mettre la potion magique, enfin plus exactement il a cherché un endroit sur mon bras qui n’avait pas brûlé.

Oui parce que la veille, pour me remonter le moral, je me suis fait un gâteau. Comme le moral était très bas, le gâteau était énorme. Et comme je suis aussi adroite que bonne cuisinière, je me suis brûlée à chaque fois que j’ai testé la cuisson, qui n’en finissait pas ..

Oui alors donc, me voilà avec un seyant truc bleu transparent, la petite culotte que j’ai eu le droit de garder et l’aiguille plantée dans mon bras.

Puis une dame, à qui je ne manque pas de redire que j’ai peur, m’emmène dans la fameuse petite pièce qui me terrorise depuis huit jours. Finalement vu qu’on m’a fait enlever mes lunettes,  je n’ai rien vu. Je n’ai aucune idée de ses dimensions (je parle de la pièce, pas de la dame).

La dame me demande alors de m’allonger sur un lit qui m’a l’air plutôt confortable, ma foi, et de placer mes seins dans deux trous qui en auraient contenu quatre comme les miens.

Ah.

Il faut que je vous explique qu’allongée, je suis plate (que ce soit recto ou verso). Alors pour faire rentrer les seins dans les trous, encore eût-il fallu qu’ils y pendissent. On a dû creuser sévère. C’est là qu’on prend la mesure des bienfaits du yoga : je me suis contorsionnée, la dame a poussé. Han ! Han !

Bon, ça y est.

Après quoi, elle me met un casque sur les oreilles. Hm, ça s’annonce bien ! C’est sûrement de la musique douce pour accompagner la chansonnette que j’ai décidé de leur pousser !

Ben pas du tout. C’est pour atténuer le barouf que paraît-il, l’appareil ne va pas tarder à faire.

Bon, me voilà en place.

Ya plus qu’à faxer.

Là, j’avoue, je ne suis pas trop tranquille.

Je lui demande si elle va venir me rechercher après.

"Non-non, je vous laisse là une semaine ! "

Misère.

Ça bouge.

Le lit sur lequel je gis rentre dans l’anneau.

LELISURLEKELJEGIRENTRDANLANO !!

Rhâ ! Que fais-je ? Chante-je or not chante-je?

Dans un reste de lucidité je lui demande si au bout, c’est OUVERT (nonobstant le fait que de toute façon je ne vois pas le bout puisque je suis à plat ventre, la tête posée sur le côté). Toutefois, cette adorable personne se place de l‘autre côté de l‘anneau et me fait youyouh ! pour me montrer que ce n’est pas fermé. Après quoi elle sort de la pièce en me disant de me détendre.

Je ne suis pas quelqu’un de contrariant, moi, non, vraiment pas. Je me suis tellement détendue que ça m‘a réveillée quand l‘appareil s‘est mis en marche (c’est en effet très bruyant). Bon, peut-être n’aurais-je pas dû reprendre de Xanax à l’hôpital, alors que j’en avais pris un ce matin et un cette nuit.

Et un hier soir.

Conclusion : dans ce truc, pour se détendre c’est zéro. Ya qu’un truc à faire : rien. Ça s’est très bien passé car rien, je sais particulièrement bien le faire.

La même gentille dame est venue me réveiller quand c’était fini. Elle me retire le cathéter.

Et voilà qu‘à l’aide d’un coton imbibé de je ne sais quoi, elle se met à frotter avec vigueur toutes mes traces de brûlure. Je dis rien (le quadruple Xanax a dû aider) mais misère ! Elle me fait mal !

Quand elle a fini de me peler le bras elle me fait :

"Oh ! Mais c'est des brûlures ! Je croyais que c’était des traces de sang séché !"

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Bilan : passer un IRM ça ne fait pas mal. Par contre  il ne faut pas espérer s’y détendre ou chanter.

Je ne sais pas ce qui se passe mais là j’ai sommeil, je me demande si je ne fais pas une surdose de Xanax..