Le texte que je vous propose ce matin, je l'ai écrit pour Saby. J'en profite pour préciser, Saby, que je n'ai rien inventé du tout. C'est une histoire parfaitement authentique et hautement historique, comme tout ce que j'écris.rire

Je vous souhaite une bonne lecture.

 

Aujourd’hui, je vous invite à faire un petit tour en Italie. Suivez-moi, je vous prie.

Nous voici sur la place Pietro d’Illiria. Vous tournez le dos à la via Santa Sabina, ce qui fait que vous regardez vers l’église. À votre droite s’ouvre la grille d’accès au parc Savello. Allons-y, si vous le voulez bien : après avoir franchi la grille, gagnons le fond de ce petit jardin d’où s’étend une vue magnifique sur Rome, avec ses collines et les nombreuses tours et coupoles de ses églises. À vos pieds coule le Tibre, et juste en face de vous, de l’autre côté du fleuve, s’étend le très populaire quartier de Trastévère, transtevere, "au-delà du Tibre".

Maintenant, retournez-vous: dans toute sa majesté se dévoile à vos yeux ébaubis la magnifique église du 4ème siècle qu’est Santa Sabina. Sentez-vous cette bonne odeur d’orangers ? Le premier oranger de la colline a été planté dans le cloître par saint Dominique, dans la cour de l’église. Le voyez-vous ? Pas saint Dominique, voyons ! Je parle de l’oranger venu d'Espagne, son pays natal. On dit que ses fruits sont miraculeux. N’est-ce pas la réalité, que de pouvoir croquer dans cet agrume à la couleur d’or, avec le jus qui vous coule sur le menton ?

Mais revenons à l’Aventin. C’est sur cette colline que se trouvait la maison de la matrone romaine Sabina. Dans ce cuore verde d'Italia, le Tibre traverse des paysages qui semblent sortis d’un tableau de la Renaissance. Sabina y aurait sans doute vécu une vie sans histoire si elle ne s’était pas convertie au christianisme. Pourtant, elle était mariée, c’est-à-dire qu’elle avait atteint le but ultime de toute Romaine, le mariage étant en cette lointaine époque la seule raison de vivre des femmes, en particulier de ces pauvres Romaines qui avaient tout juste le droit de respirer (et encore : avec l’autorisation de leur mari).

C’est ainsi qu’après la mort de la vierge Sérapie (Chrétienne, elle aussi) qui eut la tête tranchée (eh oui, ça ne rigolait pas, dans l’antiquité) (ce n’est pas de nos jours que l’on verrait autant de barbarie, n’est-il pas ?), la très noble veuve Sabina (en plus, elle était devenue veuve ! Quel gâchis !) fut dénoncée au préfet Helpidius pour avoir enseveli décemment Sérapie, sa servante.

Interrogeons notre journaliste sur place (par commodité je vous transmets l’échange directement en français) : 
(le préfet) N'es-tu pas Sabine, la veuve de l'illustre Valentin?
(Sabina) C'est moi-même. 
(le préfet) Pourquoi donc as-tu osé te joindre aux Chrétiens et refusé d'adorer les dieux? 
(Sabina) Je rends grâce à Jésus-Christ Notre-Seigneur qui a daigné, par sa servante Sérapie, me délivrer de la puissance du démon, afin que je ne tombe plus dans l'erreur où vous êtes en l'adorant.
(le préfet) Ainsi tu prétends que les dieux que nous adorons, nous et les augustes, nos souverains, sont des démons! 
(Sabina) Ah ! Combien je voudrais vous voir adorer le Dieu véritable qui a créé toutes choses et qui gouverne à son gré les êtres visibles et invisibles, au lieu d'adorer les statues des démons avec lesquels vous brûlerez, vos empereurs et vous, dans des feux éternels !
(le préfet) Je jure que je vais te condamner sans retard à la peine du glaive. 
(Sabina) Je ne sacrifierai point à tes démons, car le Christ est mon Dieu, je l'adore et je le sers : à lui seul je dois sacrifier.
(le préfet) Nous ordonnons que Sabine, en punition de sa désobéissance aux dieux et de ses blasphèmes contre nos maîtres les augustes, soit frappée du glaive et tous ses biens confisqués !

Après que le bourreau eût fait son oeuvre, des Chrétiens enlevèrent le corps de la noble Romaine et l'ensevelirent dans le tombeau qui déjà gardait les restes de sainte Sérapie.

Ce n’est qu’ensuite, en 425, qu’un prêtre d'Illyrie, nommé Pierre, bâtit une église dédiée à sainte Sabine sur le lieu du supplice.

Voilà voilà...

Une petite orange, peut-être ?

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