1954 Man Moniq passage de Noirmoutier

La posture du papillon, baddha-konāsana,  fait partie de mes exercices préférés.

Le papillon, disais-je – en plus c’est un si joli nom – comme toutes les postures d’ouverture des hanches, offre l’opportunité de purifier le deuxième chakra des problèmes relationnels avec autrui (autrement dit permet de localiser l’énergie stagnante et de se défaire des tensions inutiles). Toute la réussite de la chose consiste à relâcher les tensions dans cette zone en s’étirant et en s’abandonnant.

Ah ah ! En s’abandonnant. Ma prof, toujours le mot pour rire!

Mais bon, j’y mets tout mon cœur (si tant est que mon cœur soit niché dans mes cuisses). Et puis j’aime bien cette image du papillon, les ailes comme des bras qui s’ouvrent sur le ciel (bleu, le ciel).

Depuis quelques temps, j’y vois Maman. Toujours une pensée pour elle le 5 avril. Comment ne le pourrais-je pas? Jour de naissance de sa mère à elle, jour qu’elle a choisi pour la rejoindre, jour où ailleurs, un petit garçon est né.

Pendant des années j’ai tellement pleuré. Colère, tristesse mêlées. Depuis peu un papillon blanc m’a apporté la paix. Merci Maman. Merci pour tout. Merci pour ce que tu as fait, merci pour ce que tu n’as pas fait et qui m’a permis d’apprendre. Tu me manques tellement.

Quel dommage. Quand tu étais encore là je ne savais pas pratiquer la bienveillance. Par moments j’ai été tellement dure avec toi, tellement intransigeante. Je t’en ai voulu bien plus qu’à Papa, pourquoi ? Maintenant tant de choses me reviennent ... Toutes tes tentatives de rébellion pour nous défendre, on avait 17 ou 18 ans et tu ne comprenais pas que Papa nous empêche de sortir, toi qui à 16 ans était déjà autonome, gagnait un salaire, sortait à Paris avec "ta bande de copains", partait à la mer avec eux, "En copains, hein ! J'étais sérieuse!", précisais-tu toujours..

Comme ça a dû être difficile de troquer, au nom de l’amour, ta vie de sirop de la rue contre celle de mère au foyer au service de l’homme! Mère au foyer ... Le dernier des métiers que tu aurais aimé pratiquer ! Ou en tout cas, pas comme ça. Pas en étant régentée sur tout, ce que tu devais dire, ce que tu devais faire, comment les choses devaient se passer..

Mon Dieu. Tous tes rêves avortés..

Tes copains, tes virées, la femme que tu étais !

Enfouis.

Parce que tu l’aimais.

Heureusement, il y a eu tes lettres. Tes lettres, Maman, celles que tu m’as léguées.

Merci. Merci.

Maman, est-ce que je t'ai dit merci?

1951 Man Oleron (2)