Spéciale dédicace à Délia

Alors figurez-vous que depuis quelques temps, lorsque je reçois un paquet, mon facteur le dépose non pas chez moi mais chez un de mes voisins. Que je vous explique.

Tout a commencé un jour, je me rappelle c’était un mercredi, à l’heure où blanchit la campagne, j’ouvre un œil et même les deux, et je bondis hors du lit avec une légèreté surnaturelle telle la rieuse gazelle que je suis. À peine avalé mon premier thé de la journée, je me glisse devant mon clavier, ouvrant et refermant mes petits yeux bridés comme pour trouver la force qui est en moi. Force qui me sert, excusez-moi du peu, à ouvrir ma messagerie où je trouve, je vous le donne en mille ? Des mails.

C EST FOU, JE VOUS ASSURE, C EST FOU!

L’un d’eux était de ma soeur, qui m'avait envoyé un paquet. Bilan, j’avais espionné ma boîte aux lettres comme une malade jusqu'à l'arrivée d'icelui, dansant autour avec des encouragements joyeux, Allééé!!!! Alléééé !!! Alléééé!! poing levé à l’appui histoire que le truc arrive plus vite si je lui crie le chemin. 

Je sais pas pourquoi, mon facteur m'avait regardée d’un drôle d’air en faisant sa tournée.

Une autre fois - une pauvre petite autre fois ! – alors que j'attendais (encore) un paquet de ma soeur qui tardait à venir (je parle du paquet, pas de ma soeur), je guettais le cher homme (qui ne passe jamais à la même heure), d'où un certain énervement bien compréhensible de ma part. Enfin, il était arrivé en flânant (eh oui, Monsieur FLÂNAIT !). Je me jette sur lui pour fouiller dans son sac dans l'espoir d'y trouver le papillon merveilleux qui m'annoncerait qu'un paquet m'attend à la poste. Le pauvre homme a un mouvement de recul (je ne suis pas loin de penser qu'il a cru avoir affaire à une évadée de l'asile). En plus, c'était le moment où j'avais décidé de refaire mes fenêtres, je portais un jogging constellé de peinture blanche écaillée, et mes cheveux comme à leur habitude vivaient leur vie en tiges raides indépendantes les unes des autres.

Quand mon facteur réussit à m'expliquer que ce n'était pas lui qui distribuait les paquets volumineux, je l'aidai à ramasser les lettres que j'avais fait voler sur le chemin. Tandis que j'essayais de le convaincre qu'en temps normal j'étais quelqu'un d'extrêmement rationnel (oui, bon, OK! Les avis sont très partagés sur la question!), il se contenta d'hocher la tête et de s'éloigner de moi à reculons.. Franchement ça serait vous, vous en auriez fait tout un fromage ? Pf. Je ne suis pas loin de croire que, tout de même, c’est un être particulièrement fragile (il faut dire, c’est un homme!), parce que la fois d’après, il m’a remis mon paquet grignoté. Absolument ! Gri-gno-té !

Voyez vous-même :

 le facteur traumatise

Observez bien le coin droit du paquet, en haut.. Le pauvre homme aurait-il perdu toute retenue à force de me distribuer des trucs qui sentent bon (tabouret à la menthe, bracelet à la sauge, étagère au thym, etc, etc) ??

Et le jour de Lapeyre ! Je vous narre.

J’avais fait changer ma porte d’entrée, et figurez-vous qu’il manquait un bitonio indispensable puisqu’il servait à fermer la porte (et pour une porte, ne pas fermer, vous avouerez que ce n'est pas ce qu'on a trouvé de mieux!). J’avais donc attendu toute la sainte journée le bonhomme de Lapeyre (qui finalement n’est venu que le lendemain). Imaginez juste dans quel état j’étais, moi qui suis si patiente! C’est comme ça que je m’étais dit qu'une petite prière ne serait pas du luxe et je m’étais jetée par terre pour que ma supplication ait plus de poids. C’est à ce moment-là que mon facteur est passé, me trouvant à quatre pattes. Il m'avait proposé de l'aide pour me relever. 

"Heu, merci... Mais tout va bien.  Je prends juste un moment pour me recueillir. Vous n'avez rien contre les gens qui prient avant le repas, n'est-ce pas ?"

Je ne saurai dire avec exactitude la signification de ce que j'ai lu dans ses yeux au moment où il m'a donné mon courrier, avant de fuir à toute allure.

Enfin, toujours est-il que depuis, il signe à ma place les paquets censés être délivrés contre signature et distribuent les autres chez mes voisins.

Je ne l'aurais pas traumatisé, quand même ??? Moi qui me comporte toujours super normalement !! J’comprends pas .. La prochaine fois je le guette, comme ça je suis sûre de ne pas le rater !!

Qu’est-ce qu’il va être content ..

 

le facteur 2