Il y a eu un moment où je me suis dit que ce n’était plus possible. Je ne peux pas, comme ça, m’accrocher à ce qui n’est plus. Je ne peux pas espérer des autres qu’ils ne suivent pas le chemin qu’ils ont à suivre même si c’est un chemin où je reste sur le bord. Je ne peux pas vouloir, d’un claquement de doigts, me détacher sans souffrir de quelque chose à laquelle je suis attachée en souffrant.

Il y a eu un moment où je me suis dit : ça ne peut plus durer. Il faut que je bouge. Même si bouger, en l’occurrence, passe par "l’immobilité". L’immobilité de l’attente, la saveur de l’attente. L’immobilité de la respiration. L’immobilité de la position assise. Apprendre à m’asseoir : toute l’histoire de ma vie.

Mon cœur s'est fermé. À force d’avoir mal, il se ratatine, un peu comme quand j’étais gamine et que je mettais les bras par-dessus ma tête en attendant que les coups s’arrêtent.

Il y a toujours un moment où je parle de "ça". Est-ce inévitable ? Devrais-je réussir à n’en parler pas ?

Mon cœur est un cœur, sensible, fragile. Il se protège, il resserre ses petits bras sur lui et moi j’étouffe. Ça ne peut pas continuer.

C’est comme ça qu’un jour de mars je suis retournée au cours de yoga.

Il y a dix ans, j’ai arrêté parce que je n’arrivais pas à rester immobile. J’y retourne parce que je veux arriver à rester immobile. Je veux m’ancrer. Attendre sans anxiété. Trouver la paix, peut-être.

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Ouverture du cœur, la posture du cobra : je me débrouille assez bien.

Assise. Maintenant je tiens dix minutes, mais pas tout le temps, ça dépend de ce que j’ai dans la tête et de mes émotions. Je considère néanmoins que j’ai fait des progrès.

automne

J’ai toujours l’envie de partir loin. C’est une vieille, très vieille envie, que je n’ai jamais formulée autrement qu’ainsi : j’ai envie de partir loin.

Maintenant je me dis que ça me plairait de faire une de ces retraites à la mode, loin du bruit, loin des gens, dans le silence, seule avec moi.

Je me demande juste: ce désir, n'est-ce pas une fuite?