6 oct 2012 Violaine

© illustration: Pastelle

En cette douce nuit du IIIe siècle de notre ère, on fête et on ripaille : Finn, le chef des Fianna, s’apprête à prendre pour épouse Gránia, la plus belle fille d’Irlande. Seulement voilà : ce projet n’a pas l’heur de séduire le cœur de la belle, aussi attend-elle que Finn et ses hommes eussent bien mangé et bien bu pour ordonner à sa servante de remplir la plus grande meidir (coupe à boire) de vin et la lui apporter. La fille obéit et Gránia, qui était un peu magicienne à ses heures perdues, jeta un sort sur la coupe, ce que dans la mythologie celte on appelle un geis (*). Il y avait quatre poignées sur ces coupes carrées et Gránia en offrit une à Finn, qui s’en saisit et but goulûment avant de la rendre à sa future (qui n’allait pas tarder à être sa passée), laquelle la remit au suivant, etc.

Un par un, les buveurs s’endormirent, jusqu’à ce que la coupe arrive à Diarmuid. Avant que ses lèvres n’atteignissent la meidir, Gránia attira son visage à elle pour l’embrasser. Quid ? Veni vedi embrassi ? se demanda Diarmuid en celte. Il était ‘achement embêté. Sa nounou l’avait bien mis en garde, ce genre de femme est un loup pour l’homme, la fable bien connue de la nana qui titille le petit Jedi du mec puis le laisse tomber comme une vieille chaussette, la meuf sur laquelle tout glisse, émotions et sentiments, laissant le pauvre keum avec le cœur en charpie. En plus, trahir son chef et oncle en lui piquant sa dulcinée ? Bon, ok, la fille était drôlement ban tentante ! Sans parler de la fameuse tache rouge sur son front qui attirait à lui les femmes comme des mouches, ce qui n’arrangeait pas ses affaires ! And last but not least, ne s’était-il pas engagé, au cours des longs et nombreux rites d’initiation pour devenir Fénnid (singulier de Fianna), à ne jamais refuser les demandes d’une femme? Pour couronner le tout, son abruti de cerveau n’avait pas l’air hostile à l’idée de lui faire des choses même pas répertoriées dans le Kāmasūtra. Quant à ses émotions, elles couraient derrière pour rattraper tout son sang resté coagulé au niveau des reins. Bon sang, pourquoi les y mêler ? Pourquoi hésiter ? Oscar Wilde n’affirmerait-il pas des siècles plus tard que "la meilleure façon de résister à la tentation c’est d’y céder" ? Qui était-il pour le contredire ? Alors hein, Diarmuid n’avait pas des masses de choix !

"Que l’on me réveillât de ce cauchemar ! Que je redescendisse sur terre promptement !" se dit-il dans un dernier éclair de lucidité en s’envoyant une lampée d’irish whiskey, ce qui lui donna la force d’avancer comme pâle prétexte que puisque Finn était endormi, toutes les portes de la forteresse seraient fermées et bien gardées.

"Pas la petite porte secrète de mon jardin", rétorqua Gránia avec un clin d’œil qui ne lui dit rien qui vaille.

Alors, la main sur le front, il puisa en lui toute l’énergie dont il était capable et accepta de se sacrifier.

C’est ainsi qu’ils surgirent hors de la nuit et coururent vers l’aventure au galop..

 

(*) Le geis était une incantation magique pratiquée par les druides à la naissance/et ou au cours de la vie des futurs guerriers et rois. Ces geisa (pluriel de geis) consistaient en des obligations et interdits à respecter (un peu comme le code d’honneur du chevalier au Moyen Âge). Au cours de sa vie, si le guerrier faisait n’importe quoi au lieu de suivre ses geisa - sans h -, à cause par exemple d’un sortilège jeté par une fée (les fées ont toujours été des êtres très taquins), il perdait son honneur (grave) ou même sa vie (définitif) ; il mourrait alors dans d’atroces souffrances. Comme l’on voit, la vie n’était pas rose tous les jours, mais il fallait bien inventer de saines occupations en ces temps reculés où la télé n’existait pas encore.

Justement, le geis de Diarmuid met en scène un sanglier (je vous dis que cette histoire aurait été digne d’une BD d’Astérix !), chose que je me propose de vous narrer dans le prochain épisode..