1969 8-n°38 RP

Mes parents, 1969 (on revenait de Grèce)

 

"C'est triste d'en parler au passé..." dit Célestine en réponse à ma narration du jour où je me suis fait aborder par un homme (beau de son état, donc dangereux pour moi). Non, Zosio, ce n’est pas que je "renonce". Juste, je ne veux plus souffrir. Or, si je regarde bien, ma relation à l’homme a toujours été souffrance. À commencer par celle avec mon père, que j’aimais comme une folle. Mon Dieu. J’ai écrit 'que j’aimais comme une folle'. Déjà, là, on se dit : il y a un problème.  Car mon père m’a fait du mal, m’a rabaissée, m’a humiliée. Pardon Papa, en fait ce n’est pas de toi dont je parle, mais de toutes les choses dans ma tête, les "mémoires" qui se sont accumulées en moi, en mes filles. Il est temps de rectifier le schéma, non ? Seulement voilà, pour l’instant, on n’a pas les consignes. Alors on s'arrête, le temps de trouver qui on est. Qui on est vraiment. Entre mon propre père et celui que j’ai donné à mes filles, misère, il y a de quoi faire ! Attention : je ne critique personne, je ne juge pas. C’est ma vie, et malgré ce que j’ai pu en raconter avec des trémolos dans les mots (oui, je suis comme ça, je trémolote!), malgré, disais-je, tout ce que j’ai pu en dire, je suis une privilégiée. Pas violée, pas excisée, pas battue (je pense aux tarés qui cognent sur leur femme – là oui, je juge. Désolée, ya des limites !). Mon père et ma mère, disais-je, étaient comme ils étaient, avec leurs qualités, leurs fragilités. Eux aussi ont eu leur lot de souffrance, et pas qu’un peu. Ils ont quand même su nous léguer de l’amour : l’amour qu’ils se portaient, qui est ce qu’on peut léguer de plus beau à son enfant (maintenant, vous savez pourquoi je trémolote). La sexualité sans tabou aussi, ils étaient très libres sur le sujet et Maman nous a fait prescrire la pilule ! Je sais j’en parle tout le temps, mais c’était quand même une révolution révolutionnaire dans les années 70 ! J’aurais eu l’air fin, avec un bébé à 15 ans, moi qui en voulais des tonnes! Merci maman d’avoir anticipé les folies de ta fille!

Mes parents ont fait de leur mieux avec ce qui était à leur disposition. N’est-ce pas ce qu’on fait tous ? Qui peut avoir la prétention d’être un bon parent ? Pas moi en tout cas. Certainement pas moi. Alors ce n’est pas pour juger les miens, ni même juger qui que ce soit, même si j’ai ressenti le besoin, à l’aide de cet outil formidable pour moi qu’est un blog, d’exprimer la souffrance, toute ma souffrance de petite fille d’un père que j’idolâtrais et qui en aimait une autre (ma sœur). Mais mon père, ce n’était pas seulement des baffes pour me faire comprendre les maths. C’était aussi la seule personne dans ma vie sur qui j’ai toujours pu compter. Mon pilier, mon roc, ma maison. Pour ça que je n'ai jamais voulu porter un autre nom que le sien ?

Juste pour dire : marre d’avoir le cœur qui vole, et moi qui cours derrière. Marre d’attendre, de dépendre, de m’épandre, me répandre. Marre de me moucher, je fais grève des Kleenex !

À partir d’aujourd’hui, je veux respirer.

Res-pi-rer !