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Si vous êtes adeptes de sensations extrêmes, vous pouvez jeter un œil sur l’Assemblée qui se tient à Paris en cet été 1793. Les monarchistes sont assis à droite. Les républicains, à gauche. Au milieu, les modérés. C’est de cette façon de s’asseoir que vient notre manie de distinguer les partis politiques de droite et de gauche.

Les députés de droite sont envoyés à la guillotine en premier. Ensuite vient le tour de l’extrême gauche. Puis de la droite de la gauche. Puis de la gauche de la gauche. Enfin, la gauche de gauche pas tout-à-fait à gauche.

Cette Révolution pleine d’espoirs et de meurtres, qui l’a faite ? De grosses brutes avinées ? De vieux dictateurs cyniques ? Même pas. De bien jolis jeunes gens cultivés et idéalistes, la tête remplie de latin, de grec et de Lumières. Ce qui ne les a pas empêchées de rouler au fond du panier !

Lorsque les Girondins sont arrêtés début juin, O de G les défend avec le courage exceptionnel qui est sa marque de fabrique. Robespierre ayant moyennement apprécié ses dernières diatribes à son égard (*), décide de l’écarter définitivement du paysage politique : il la fait arrêter le 20 juillet 1793 sous le prétexte fallacieux qu’elle conspire contre la République puisqu’elle vient de placarder des affiches titrées Les Trois Urnes, dans lesquelles elle propose aux Français rien de moins que de pouvoir choisir entre trois gouvernements : républicain, fédéraliste ou monarchiste ! Olympe tombe des nues : elle n’a produit cet ouvrage que dans l’espoir d’éviter la guerre civile ! Elle a toujours préféré le tranchant de la plume à celui du poignard ou de la guillotine ! Pas de chance: Robespierre n’a pas d’humour.

Dans son Testament (ici, si cela vous intéresse), O de G déploie des legs qui ne manquent ni de naïveté ni de piquant : "Je lègue mon cœur à la Patrie, ma probité aux hommes (ils en ont besoin), mon âme aux femmes, mon génie créateur aux auteurs dramatiques et tous les pauvres débris qu’il me reste d’une fortune honnête, à mon héritier naturel, à mon fils.

Fils qui l’a accueillie très froidement quand elle le rejoint en Touraine, quelques mois avant d’être arrêtée. C’est que la plume imprudente de sa mère lui a fait perdre sa place d’ingénieur du duc d’Orléans !

Le 28 octobre 1793, Olympe est placée au secret à la Conciergerie. Le 2 novembre, elle comparaît devant le Tribunal révolutionnaire. Au prétexte qu’elle possède assez d’esprit pour se défendre elle-même, on lui refuse l’assistance d’un avocat. Elle ment sur son âge, préférant être jugée à trente-huit ans qu’à quarante-cinq. Avec force, elle fait face aux accusations, faisant valoir sa bonne foi et la pureté de ses intentions. L’assistance, pleine de femmes, est hostile. Pour retarder la mise à mort, O de G affirme être enceinte, car on accorde généralement un sursis dans ce cas. Là, Fouquier-Tinville refuse.

Le 3 novembre 1793, juste avant de monter à l’échafaud, Olympe écrit une lettre bouleversante à son fils Pierre. En montant les marches, elle s’écrie : "Enfants de la patrie, vous vengerez ma mort !"

Il est seize heures lorsque Sanson, le bourreau, fait ce qu’il a à faire.

Ce jour-là, il pleut.

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(*) Mots qu'O de G a adressé à Robespierre, et qui lui ont coûté la vie: "Tu te dis l'unique auteur de la Révolution, Robespierre ! Tu n'en fus, tu n'en es, tu n'en seras éternellement que l'opprobre et l'exécration... Chacun de tes cheveux porte un crime... Que veux-tu ? Que prétends-tu ? De qui veux-tu te venger ? De quel sang as-tu soif encore ? De celui du peuple ?"