Hier, je me rends à la gare quand se pointent les prémices d’une migraine ophtalmique. Sur le quai, plus aucun doute n’est possible : des taches blanches et brillantes ne cessent de faire la gigue devant mes yeux, occultant mon champ de vision. Je suis sujette à ce genre de crise (sans doute un effet secondaire de ma grande zénitude en devenir), et pour la faire passer plus vite je m’allonge généralement dans le noir avec un bandeau sur les yeux.

Je sais bien que les gens ne s’étonnent plus de rien (c’est vrai tout particulièrement à Paris)(et je n’en suis pas loin), néanmoins je n'ose m’étendre sur le sol aux pieds des usagers qui en ont pourtant vu d'autres. En attendant le train, je me mets à faire des respirations yogiques les yeux fermés. Je suis une carpe zen et je nage dans les profondeurs bleutées d’un grand lac placide (suisse, le lac) dont la surface plane jamais ne se ride. Oui mais flûte alors, ça va être galère pour aller jusqu’à la piscine, je n’y vois goutte ! Et si je me flanque par terre ?

Bon, le lac, pas terrible.

Je suis un bouton de rose clos et silencieux, dans une forêt humide de chênes séculaires. Les chênes qu’affectionne tant mon médecin. Ah, parlons-en de mon médecin! Il prétend que je ne respire pas assez ! (entendez, en conscience !). Je voudrais bien l’y voir, lui ! Ça se voit qu’il n’est pas à ma place ! La dernière fois que je lui ai demandé un truc pour ne plus être comme je suis, il m’a dit : mais je vous ai toujours connue comme ça (genre, c’est foutu !). Bonjour la compassion !!

Bon, les chênes séculaires, ça ne marche pas non plus.

Me voilà descendue du train. Et si je fermais les yeux pour faire passer le mal plus vite ? Après tout je connais le chemin par cœur ! Mais tout de même, douée comme je suis, je suis fichue de choir et de me casser un os ! En même temps, à mon humble avis ça arrêterait net ma migraine ! Quel dilemme !! Bon. Vu la circulation en ce samedi citadin, je choisis de vivre encore un peu et je garde les yeux ouverts. J’imagine un instant ce que ça ferait si les autres voyaient dans mes yeux les paillettes lumineuses que j’y vois moi-même. On me prendrait sûrement pour une extra-terrestre ! Quelle gloire ce serait ! Allons bon, me voilà encore partie dans des scénarii impossibles.. Ambre, concentre-toi sur le trajet!

J’arrive à ma chère piscine. Deux personnes devant moi seulement, contrairement à ces derniers jours où il a fait si chaud que la file s’effilochait comme un long serpent jusque dehors. Au moment où vient mon tour de recevoir mon badge d’entrée, PAF ! Plus d’électricité ! Plus de bruit, plus de lumière ! Alors là, je suis sidérée !!! Depuis huit ans de fidèles allers et retours maison-piscine, je n’ai jamais connu de panne d’électricité ici! Incroyable ! À n'en pas douter, c'est une réponse de l’Univers à ce dont j’ai besoin!!

À l’accueil on ne panique pas et on envoie le préposé à je ne sais quoi arranger la chose. Quant à moi, sur un petit nuage rose (pensez, en osmose avec l’Univers !!) je me déshabille (dans le noir), je me douche (dans le noir) et je me rends au bassin (dans le gris).

À peine quinze minutes que je m’égaie dans l’eau, à faire des longueurs en ligne brisée de manière à éviter de recevoir un ado sur la tête ou un bras musclé sur la tronche, quand la voix d’un maître-nageur s’élève dans le haut-parleur. Contrairement à ce qu’ils espéraient, la panne n’est pas réparée en deux secondes, nous ne pouvons pas rester dans l’eau alors que les filtres et chauffages ne fonctionnent plus, il faut sortir du bassin ! Une cohue bruyante et rouspéteuse se met en branle (toujours dans le gris et le noir) avant que je me retrouve dehors, complètement frustrée. Mais, joie : MA MIGRAINE EST PASSÉE !!!

DSCN0619