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Hier, première sortie entre filles avec la mienne depuis son opération. On a fait comme d’hab, en premier piscine, sauf qu’elle, est allée faire un tour pendant que je nageais après m’avoir embrassée comme si on se revoyait, genre, dans huit ans et pas une heure après. Alors bien sûr, j’ai admiré sa belle cicatrice, et là ce sont des paroles sincères, les chirurgiens sont des magiciens ! Je suis la première à être encore en vie grâce à eux et aux médecins, sans parler de l’infirmière dont je ne connais même pas le nom et qui m’a sauvé la vie le jour de mes 48 ans, bon en même temps que faisais-je à l’hosto le jour de mes 48 ans? Eh bien rien comme tout le monde, comme d’habitude ! Oui, donc, sans ces personnes merveilleuses qui vous réparent le corps, l’Ambrounette aurait dégagé à l’âge de 32 ans (premier pneumothorax), ce qui, vous en conviendrez, aurait été fort regrettable.

Avec ma fille, on a aussi parlé de son hospitalisation, c’était sa première, et même une grande première pourrait-on dire, puisque c’est un rôle qu’elle n’avait encore jamais tenu.

J’étais un million de fois plus angoissée qu’elle, que dis-je un million, deux millions de fois ! D’abord je suis sa mère (c’est la meilleure des raisons), ensuite même si je lui serinais que mais oui, elle allait se réveiller, mais non, elle ne se réveillerait pas pendant, mais oui tout allait bien se passer, mais non elle n’aurait pas d’œdème (contrairement à moi qui me suis mise à gonfler comme une grenouille, mais ça, je me suis bien gardé de le lui raconter), etc etc ..., je n’en menais pas large, et pour cause, j’ai subi exactement la même, mais pas dans les mêmes conditions. Déjà, mon fils était bébé et j’étais persuadée que j’allais mourir et que je ne le verrais pas grandir. Là encore quand on voit le garçon costaud qu’il est devenu on se dit que ç’eut été bien dommage.

Deuxio le médecin était un type infâme (j’ai changé d’endocrino après) qui pour me convaincre d’aller à Bichat me faire opérer par son pote (le pote c’était genre, premier rendez-vous, quatre heures d’attente cinq minutes de consulte, votre nom votre adresse ça fera 300F au revoir madame ; deuxième rendez-vous, quatre heures d’attente trois minutes de consulte, je vous tranche la gorge tel jour ça fera 300 F au revoir madame (je vous jure qu’il a dit "Je vous tranche la gorge" : c’est peut-être de l’humour chirurgical ?) ; pour finir j’ai été opérée par un interne).

Et puis niveau entourage mes parents ne parlaient pas, ne démontraient pas, des parents à la mode d’avant, quoi, puisqu’on ne s’était pas encore aperçu que l’enfant (le vôtre) est une personne. Bref, un des pires souvenirs de mon existence, même si quand je raconte je donne l’impression du contraire (merci maman merci papa de m’avoir "faite" comme ça).

Bon allez place aux jeunes. J’avais donc briefé ma fille pour qu’elle ne connaisse pas les affres que j’avais vécues. Mission plus qu’accomplie, puisqu’elle a attendu jusqu’au dernier instant le moment où elle allait enfin être angoissée, ben non pas d’anxiété, non mais dans quel monde vit-on.

Au moment de préparer son petit sac pour l’hôpital, elle y avait collé une provision de Petit Lu au chocolat que je lui ai déconseillé d’emmener vu qu’à mon humble avis, elle risquait de devoir rester à jeun la veille (je ne me rappelais plus très bien en fait, sauf qu’il faut quand même mieux manger léger si on ne veut pas sortir du bloc avec un genre de gueule-de-bois). Finalement à peine arrivée à la Salpêtrière la première chose que ma fille demande c’est si elle a le droit de manger ?! À quoi l’infirmière lui répond que pas de souci jusqu’à minuit ! Aussi sec ma fille m’engu.. par SMS de l’avoir empêché d’emmener ses Petit Lu, avant d’aller s’acheter un gâteau pêche-framboise, des crocodiles Haribo et un cappuccino !

18:27, c’est l’heure du repas, un dîner merveilleux, soupe poireaux-asperges, hachis-Parmentier, kiwi et yaourt. Qui a dit que les repas à l’hôpital sont immangeables ?

21:25, dodo, elle a hâte d’être à demain – et moi donc !

On la laisse dormir jusqu’à huit heures (l’intervention est prévue à 10), ils sont adorables dans cet hosto, ceux qui connaissent savent que sinon on est réveillés super tôt par tout un tas de trucs.

10:00 descente au bloc, alors là je me rappelle pour moi c’était le pire truc, parce que je ne savais pas du tout ce qui m’attendait et aussi à cause du fait que les relations patient/personnel médical étaient totalement différentes, on vous prenait de haut, on ne vous parlait pas, jamais moyen de savoir ce qu’on avait (eu) ni ce qu’on vous avait fait.

Version 2016 : "Tout le personnel est à mes petits soins, couverture chauffante, magnifique homme soignant avec une peau noire ébène splendide, et puis pouf ... plus rien.

14:30, retour dans ma chambre, encore un super beau brancardier, mais suis-je au Paradis ? – t’avais raison, mamounette, i’sont tous beaux et magnifiques ! Je succombe au sommeil car je sais que tu arrives dans pas longtemps et je voudrais pas faire dodo quand vous êtes là !"

L’avenir dira que pas de danger, ma fille a une patate de tous les diables et se sent prête à aller faire la fête ! Le bal des infirmières, c’est par où ?

À deux heures du mat’ elle ne dort toujours pas et il faudra qu’une infirmière l’assomme avec un Lysanxia...

2016 12-le 5- 8 R